Liège, le 9 juillet 2012

Accueil de la petite enfance à Liège : Secouons le cocotier !

Publié le jeudi 12 juillet 2012

En ce qui concerne l’accueil de la petite enfance, le constat qui doit être fait sur la Ville de Liège est sans appel : la pénurie est manifeste, les places manquent, les parents trépignent, les enfants en pâtissent. Or l’accueil des enfants en bas âge, de 3-4 mois à 3 ans, est un critère déterminant à bien des niveaux : couples désireux de s’installer sur un territoire donné, employabilité des citoyens actifs, en situation de recherche d’emploi ou en formation et enfin sur l’accès à la socialisation pour tous les enfants. Ce sujet de société, complexe et aux enjeux multiples, a été l’objet de nombreuses interpellations citoyennes : parents sans emploi comme actifs, familles, grands-parents.

Quelques constats...

Depuis de nombreuses années la Ville de Liège proclame, dans son projet de Ville ou sa communication vers le grand public, son souhait de faire revenir des habitants en ville. Elle s’enorgueillit à relativement juste titre –même si elle met de côté la croissance générale de la population Wallonne– de voir le nombre d’habitants augmenter sur le territoire communal. On constate en Wallonie, comme à Bruxelles, un véritable baby-boom qui imposera de continuer à augmenter le nombre de places de crèches disponibles, sauf à risquer de voir chuter le taux de couverture de celui-ci déjà trop faible.

Un déséquilibre existe et se maintient insensiblement dans la composition des foyers : 50% des ménages liégeois sont composés d’une seule personne ; 50% de ménages liégeois sont locataires de leur logement. Une évolution, favorable aux ménages avec enfants, couples, actifs, revêt un intérêt fondamental pour notre ville afin de favoriser une mixité sociale qui dans certains quartiers, a peu à peu a disparu.

A ces considérations sociologiques et démographiques s’opposent celles, bien tangibles, des limites des ressources communales. En effet les crèches communales coûtent globalement à la collectivité malgré les subventions de l’ONE et de la Région wallonne (emplois APE, etc.). Deux défis s’imposent alors aux gestionnaires publics :

  • Comment maximiser le nombre de places créées à budget équivalent d’une part ?
  • Comment garantir aux Liégeois urbains comme aux Liégeois de la périphérie et travailleurs en ville un accès juste et équitable à ces services vitaux d’autre part ?

Qu’en est–il des coûts ? Définis par l’ONE, la participation financière des parents est progressive et liée à leur niveau de revenus. Ce qui en soit est une bonne chose, car cela garanti un accès équivalent –sinon égal– à tous à ce service. Cette participation ne couvre qu’une petite partie des frais de fonctionnement d’une crèche. Pour les crèches communales, il apparaît que la subvention ONE ne couvre qu’environ 50% des frais, le reste étant à la charge du pouvoir organisateur, soit ici la Ville.

Notre Ville n’a ni les moyens financiers ni les possibilités matérielles d’organiser seule l’accueil de la petite enfance pour sa propre population et celle des travailleurs qui s’y rendent quotidiennement : rappelons que 200 000 personnes entrent en ville tous les matins pour occuper leur poste de travail, déposer leurs enfants, ... Liège compte 195 000 habitants mais son agglomération en recense... 650 000 !

En matière de places d’accueil le taux de couverture à Liège, 24,6% [1], est trop faible par rapport à l’Objectif européen de Barcelone qui est de 33%. Il importe de remplir au moins cet objectif pour assurer l’accueil des enfants et permettre aux parents de reprendre ou chercher une activité professionnelle. Avec, en parallèle, le rôle pédagogique et de socialisation reconnus des milieux d’accueil : développement harmonieux de l’enfant, lutte contre les inégalités qu’elles soient scolaires, sociales ou de santé. Il faut donc s’efforcer de répartir la charge équitablement, entre Liège et les autres communes de l’agglomération, à l’aide des différents moyens de subvention existants. Ces constats interrogent le niveau communal et le dialogue entre communes quant à l’accueil de la petite enfance en fonction du lieu de résidence ou de travail.

La recherche d’un milieu d’accueil représente un source de tracas et d’inquiétude considérables pour de futurs parents : lieux et horaires d’accueil, information sur les projets d’accueil, fixation définitive de la date de prise en charge de l’enfant, etc. A titre d’exemple de non–coordination de la politique, le site de la Ville de Liège mentionne séparément et sans liens entre elles les crèches et mini-crèches, sans même mentionner le secteur associatif et indépendant.

Modèle de gestion antique, différenciation vide de sens ou plus prosaïquement découpage particratique, personne ne comprend au juste pourquoi à l’heure actuelle il existe deux types de crèches, organisées et gérées par deux administrations différentes et supervisées par... deux échevins différents, ayant chacun une couleur différente ! Crèches et mini-crèches communales fournissent par essence le même service au public : accueillir les enfants de 0 à 3 ans, dans les meilleures conditions possibles, sous le contrôle de l’ONE. Seules diffèrent leur taille et leur histoire. Malgré le nom générique de « crèche ou mini crèche de la Ville de Liège », les orientations spécifiques de chacune d’entre elles ne sont pas connues des parents qui cherchent un place d’accueil. Aucune des dispositions spéciales éventuelles ne sont décrites, expliquées, prévues, pour les crèches et mini-crèches communales, à moins d’obtenir de chaque milieu d’accueil ses dispositions propres ! Inscription dès la conception, après 3 mois seulement (ce qui est inscrit dans l’arrêté), avec ou sans justificatif du gynécologue ; places prioritaires pour les frères et sœurs, places réservées aux habitants du quartier, etc. Les règles les plus perturbantes existent, coexistent et font tourner la tête des parents, grands-parents et personnels concernés.

Que de défis !

Pour répondre à ces défis, Ecolo propose 4 pistes principales à poursuivre, dont plusieurs ne requièrent que des moyens limités :

  1. la recherche de l’efficacité et du service aux parents :
    1. Rassemblement des services dans un seul Echevinat,
    2. Développement d’un système coordonné des demandes ;
  2. Soutien et partenariat avec les structures associatives ;
  3. Recherche de synergies locales avec les institutions et en lien avec l’aménagement du territoire ;
  4. Subsidiairement, ouverture de nouvelles crèches communales.

Proposition 1.a :

  • La gestion des crèches et mini crèches de la Ville sera confiée à un seul et même Echevin avec une vision politique concertée, dans une même perspective de qualité de l’accueil et de service à la population, un même département administratif et un même budget, permettant ainsi de réaliser des économies d’échelle. Il incombera à l’Échevin de coordonner avec les services concernés et les Échevins chargés de dossiers connexes l’exécution harmonieuse des mesures détaillées ci-dessous.

Proposition 1.b :

  • Une information claire à l’attention des parents, concernant les critères et modalités d’inscription, l’attribution de places, les projets particuliers des crèches communales et le développement d’un accès équitable pour tous. Cette information doit faire l’objet d’une concertation avec les directions des différentes crèches de telle sorte que la mise en œuvre soit de la responsabilité de tous les acteurs/actrices concernées. Un système centralisé de demande de places d’accueil pour les parents doit être développé. Ce système devrait répondre à quatre critères :
  1. Etre développé par quartier en vue d’en faciliter l’accès pour les parents, et coordonné au niveau de la Ville ;
  2. Il devrait prendre en compte l’ensemble des milieux d’accueil communaux, associatifs et autres pour permettre aux parents d’avoir le maximum de chance de trouver le milieu d’accueil qui leur convient ;
  3. Il doit être concerté et co–organisé avec les responsables de tous les milieux d’accueil de telle sorte que les inscriptions des enfants soient compatibles avec l’organisation du milieu d’accueil et respectueux des rythmes de ceux-ci (exemple : éviter que tous les enfants qui viennent à mi-temps soient présents en début de semaine et que le milieu d’accueil soit vide en fin de semaine) ;
  4. Le système devrait permettre d’avoir une connaissance des besoins réels en places d’accueil sur le territoire de la ville, et celles qui seraient demandées par des parents venant travailler à Liège. Ceci permettrait d’orienter le développement de nouvelles places d’accueil et d’entrer en dialogue avec les communes avoisinantes dans le développement de places d’accueil sur leur territoire.

Proposition 2 :

  • Prendre en compte l’ensemble des places d’accueil mises à dispositions des parents et leurs caractéristiques. Développer une collaboration et soutenir les initiatives associatives sur base de conventions de partenariat. Celles-ci peuvent concerner une intervention financière au nombre de places offertes ou au nombre d’enfants accueillis, une intervention dans les frais d’équipement (éventuellement via une centrale d’achats) ou de formation du personnel. Elles peuvent aussi prendre l’aspect de mise à disposition de locaux pour des co–accueillantes ou encore faire l’objet de projets particuliers pour des publics particuliers.
  • A coté des 718 places d’accueil offertes dans les crèches communales, de nombreuses autres places sont offertes par des milieux d’accueil associatifs, subventionnés par l’ONE, ou des milieux d’accueil indépendants. Ces places –au nombre de 310 en crèche et 317 chez les accueillantes conventionnées avec un service– offrent aux parents des places d’accueil au même tarif que dans les crèches communales. Les accueillantes d’enfants à domicile peuvent actuellement travailler à deux dans un local destiné à cet effet. Et ainsi assurer de petits milieux d’accueil proches des lieux de vie des familles. D’autres structures associatives inscrites dans le champ de la formation professionnelle ou de l’insertion sociale assurent par ailleurs l’accueil d’enfants de manière plus occasionnelle, pendant la durée de formation des parents par exemple. Subsidiées à divers titres, ces 55 places en halte garderie associatives maximisent le potentiel de places d’accueil de la ville à des prix accessibles aux parents, mais elles souffrent d’être politiquement peu « vendables ». A tout prendre, un échevin choisira le plus souvent de créer des places « 100% communales », valorisables facilement dans un bilan, plutôt que de soutenir une initiative locale sans but lucratif, qui offre des places d’accueil aux parents à un coût équivalent pour eux, mais à coût de loin moindre, voire inexistant pour le budget de la Ville. Les parents sont pourtant des citoyens liégeois.
  • Pour être complet sur le nombre de places mis à disposition des parents, signalons qu’il existe aussi des milieux d’accueil indépendants 207 places en maisons d’enfants organisées en ASBL ou avec un statut d’indépendant et 113 places chez les accueillantes autonomes. Dans ces milieux d’accueil le coût pour les parents n’est pas calculé en fonction de leurs revenus mais est fixé par le milieu d’accueil.
  • En synthèse, on peut dire que 42 % des places d’accueil proposées aux parents sont assurées par la Ville, 39 % par les associations et 19 % par les milieux d’accueil privés.

Proposition 3 :

  • Lorsqu’un projet d’aménagement urbain ou de réhabilitation de quartier est développé, il faut veiller à prévoir un ou des espaces d’accueil de la petite enfance, pour renforcer l’offre et densifier le maillage existant. Des exemples récents (Annexes de Palais de Justice, Médiacité, ...) montrent qu’il faut saisir les opportunités et exiger des maîtres d’œuvre de réserver un espace consacré à la création de milieu d’accueil à l’instar de l’obligation qui leur est faite de prévoir des places de parking ! Garantissons des places d’accueil pour les enfants plutôt que des places de parking pour les voitures !

Proposition 4 :

  • La Ville de Liège, lorsque c’est nécessaire, doit continuer d’envisager la création de nouvelles places en crèches publiques communales. Il en va de son attractivité et du niveau de service at- tendus par les habitants qui conditionnent une part importante de l’avenir de notre ville : les enfants et leurs parents.

Bénédicte HEINDRICHS, Cheffe de groupe au Conseil communal, Tête de liste Ecolo

Quentin LE BUSSY Candidat n°10 sur la liste communale

Véronique WILLEMART Candidate n°47 sur la liste communale

Revue de presse :

Article du journal Le Soir : Crèches : Ecolo veut plus d’efficacité

[1] Rapport ONE 2010.

A télécharger

CP_20120712.pdf
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