Conférence de presse

Sainte–Marguerite : un quartier à vivre

Publié le mercredi 4 juillet 2012

Introduction

L’avenir se jouera dans les villes. Pour garantir que les villes de demain soient bonnes à vivre, il importe de miser sur la densification des villes et un soin aux espaces communs de qualité. En se promenant dans certains quartiers de Liège, on se rend compte que ce choix de la ville n’est pas toujours encouragé et que des politiques d’un autre âge — comme cette percée autoroutière qui a cisaillé le quartier — continuent plutôt à dissuader le retour en ville.

Pourtant il faut rendre une qualité de vie et « une âme » à ces quartiers riches de nombreux atouts.

Sainte–Marguerite fait assurément partie de ces quartiers porteurs d’espoir, et nous semble à ce titre emblématique de la manière dont Ecolo souhaite concevoir et construire une politique volontariste et participative ; une politique qui inscrit des mesures urgentes dans une vision à long terme.

Transformer la Ville : pour un projet de quartier ambitieux s’appuyant sur la participation des acteurs locaux

1. Construire une vision d’avenir avec les habitants

La transformation de notre Ville et de ses quartiers doit se faire avec les habitants directement concernés et ce dès les premières orientations. Il faut selon nous s’appuyer sur le nouveau schéma directeur et le projet de quartier qui devra être élaboré de manière encore plus participative que celui approuvé en 2000 par la Ville et la Région. Un projet de quartier doit s’inscrire dans une vision à long terme, intégrant la place du quartier par rapport au reste de la Ville, son image, les questions de l’habitat, des fonctions économiques, de la mobilité, des infrastructures collectives.

Le cahier de charges du nouveau schéma directeur a été approuvé il y a quelques mois et le marché est en voie d’attribution.

Il est composé de 4 parties :

  1. Bilan de la mise en œuvre du projet de quartier adopté en 2000 et analyse chiffrée de l’évo- lution du quartier au regard de la Ville de Liège ;
  2. Etablissement d’un schéma d’intention pour le quartier à l’horizon 2030 incluant une image dynamique du quartier ;
  3. Réalisation d’un Rapport urbanistique et environnemental (RUE) conformément aux articles 18 et 33 du CWATPE pour le sous-périmètre de requalification composé de la voie rapide entre le Cadran et la rue Joseph Demoulin, les carrefours de Hocheporte et de Fontaine- bleau et différents îlots urbains situés le long de la voie rapide, en particulier le site de l’hô- pital Saint–Joseph ;
  4. Etude détaillée de projets de redynamisation du commerce et du bâti et de mobilité.

Ce cahier de charges poursuit de bons objectifs. Mais il importe de ne pas rater le rendez-vous citoyen dans son élaboration. Ainsi, nous voulons que l’auteur de projet désigné s’inscrive dans une démarche résolument participative.

Ainsi, le processus de consultation devra inclure des méthodes pour informer et consulter sur la requalification du quartier et se faire

  • tant à l’échelle du quartier que de ses composantes (aux caractères parfois bien distincts) ;
  • à l’échelle des groupes de forces vives (associations, comité de quartier,...) ;
  • à l’échelle de certains groupes d’intérêts (exemple : les commerçants...).

Une fois le schéma directeur établi, il faudra garantir que la participation citoyenne continue à jouer un rôle moteur. Ainsi la Commission consultative de Rénovation Urbaine (CRU) devrait devenir un véritable organe de pilotage, qu’elle soit consultée avant que les orientations déterminantes soient prises, et que le Collège tienne compte de cet avis.

Ecolo propose par ailleurs d’instaurer des tables de concertation de quartier, des lieux et des moments où chaque partie intéressée pourra s’exprimer.

Enfin, vu la situation en ZIP-QI, la qualité du tissu associatif, l’existence de lieux de pilotage tels la CRU et de concertation tel le comité de quartier, la mise en place d’une expérience de budget participatif pourrait parachever le dispositif.

Sainte–Marguerite deviendrait ainsi le quartier pionnier en matière de participation citoyenne !

Si la Ville, avec la participation des habitants, doit être aux manettes de cette construction d’un projet de quartier actualisé et inscrit dans une vision d’avenir, il est évident que par ailleurs elle devra se montrer exigeante, ferme et crédible à l’égard d’autres acteurs essentiels qui détien- nent la clé de la concrétisation de projets indispensables :

  • Les promoteurs privés, extrêmement intéressés par les espaces disponibles au Cadran, et sans doute par ceux qui se dégageront autour de Fontainebleau, sont courtisés par le Collège, bénéficient de dérogations choquantes par rapport au règlement communal et aux prescriptions urbanistiques, sans que ne leur soient imposées en contrepartie des charges par rapport à l’aménagement de leur environnement routier et collectif proche. Ainsi notre collègue Brigitte Ernst a évoqué lors de l’avant-dernier Conseil communal l’incroyable légèreté avec laquelle le Collège soutient un projet d’immeuble de bureaux au Cadran, sans im- poser en contrepartie le maillage essentiel entre le Cadran et le quartier de Sainte Marguerite ;
  • La Région wallonne et singulièrement la Direction des routes détient les leviers pour transformer à terme l’entrée autoroutière à Liège entre Burenville et le Cadran, avec une priorité ́vidente pour Fontainebleau. Bien entendu, l’ampleur des travaux à mener, dans un contexte de budgets très limités, impose de réfléchir en termes de phasage ;
  • Enfin, on attend une plus grande collaboration et transparence de la part du CHC qui, au-delà de promesses et d’études gardées sous le coude, n’a pas encore prouvé comment — en contrepartie des subsides importants reçus pour son déménagement — il compte participer à un aménagement de quartier collectif et d’avenir.

2. Accorder la priorité à l’amélioration de la qualité de vie et remettre le quartier au cœur des Liégeois

2.1 Désenclaver le quartier

Proximité avec le coeur de Liège, patrimoine historique, écoles, tissu associatif, commerces de proximité et multiculturalité... L’objectif du nouveau schéma directeur devra également être de désenclaver le quartier, en l’ancrant à la fois au centre ville (place Saint–Lambert) mais aussi aux quartiers voisins (Saint–Martin et Saint–Laurent, Glain, Naniot, Xhovémont).

Au Cadran :

La réforme des circulations qui accompagneront l’arrivée du tram place Saint–Lambert, à peu de distance du Cadran, mèneront à une diminution importante de la pression automobile, ce qui est une chance pour poursuivre la réurbanisation de ce site essentiel dans son rôle de porte d’entrée au quartier. Un concours architectural pour réaménager les friches et espaces res- tants, doit fournir les bases du remaillage du tissu urbain entre le Cadran, Saint–Martin et Pierreuse, en lui rendant un aspect plus humain.

La rénovation de la Gare de Liège–Palais (rappelons que le projet de construction d’une nouvelle gare aérienne entre le Cadran et la passerelle vers Pierreuse dispose de son permis d’urbanisme depuis 2008...) a du sens au moins sous deux angles :

  • en rendant cette gare visible, et en offrant une qualité de service (et des conditions de travail au personnel) nettement améliorée, cette reconstruction permettrait d’augmenter la fréquentation du train, et offrirait dès lors un accès ferroviaire de qualité au quartier ;
  • cette reconstruction contribuerait à achever la cicatrisation de la plaie béante laissée au cœur de la ville par les « Goldinne Sixties ».

La ligne SNCB n°34 Liège-Guillemins – Liers est appelée à jouer un rôle essentiel dans le dispositif de mobilité au site de l’expo Liège 2017 ; la rénovation de la gare de Liège–Palais s’y inscrit, et elle serait une excellente illustration de l’effet d’entraînement de l’expo 2017 au profit de l’ensemble de la ville et de l’agglomération.

2.2 Travailler l’image et diversifier le quartier

Ecolo dans la majorité mettra en œuvre une politique de fond pour valoriser le quartier. Nous avançons dans l’immédiat quelques propositions pour travailler positivement cette image :

  • L’organisation d’un appel à projet pour améliorer et valoriser les devantures commerciales dans les rues Sainte–Marguerite et Saint–Séverin.
  • La mise en service des annexes du Palais de Justice est une opportunité de diversification pour le quartier, qui peut offrir des espaces susceptibles d’accueillir des bureaux d’avocats par exemple. Ce seraient les bureaux d’avocat qui bénéficient, dans un rayon de 500 mètres, du niveau le plus élevé de desserte par transport public de Wallonie (train, tram, bus).
  • Des jumelages avec des quartiers possédant des caractéristiques similaires : des quartiers tels que Wazemme (Lille), Grund (Luxembourg), Kreuzberg (Berlin)...proches des centres–ville, ces quartiers populaires et multiculturels ont su faire reconnaître leurs atouts et attirer une population jeune, familiale et dynamique.
  • L’ouverture de la « Maison des cultures » à Sainte–Marguerite : depuis longtemps Ecolo plaide en faveur d’une Maison des cultures, atelier et vitrine de l’interculturalité, lieu de formation au dialogue interculturel, de documentation, de recherche et de médiation inter-culturelles.
  • Un soutien renforcé à l’associatif : la coordination des associations du quartier irrigue le quartier de ses services et initiatives sociales, culturelles, éducatives, de soins... en tous genres. Grâce, notamment à la Charte associative, et une aide financière et logistique accrue, nous accorderons à ce tissu associatif des moyens de développer don action.
  • Des initiatives en soutien au commerce de proximité et de qualité, notamment le « commerce ethnique » qui peut donne un attrait particulier au quartier.
  • L’intégration du quartier dans les parcours et itinéraires touristiques (balisages, promenades guidées). L’intégration de Sainte–Marguerite dans la Nuit des Coteaux —que nous avons défendu avec d’autres dans le cadre des festivités commémoratives du Mal St– Martin— constitue un premier pas intéressant dans cette direction.

2.3 Améliorer la qualité de vie

  • L’amélioration du cadre de vie est indispensable pour atténuer la mobilité résidentielle [1] et attirer des nouveaux habitants, plus particulièrement les familles.
  • La propreté est un souci constant de la population. Le financement structurel d’associations du quartier pour mener des opérations de sensibilisation et l’organisation de tornades blanches en collaboration avec les écoles du quartier garantirait une amélioration en profondeur et dans la durée.
  • La transformation des rues Sainte–Marguerite et Saint–Séverin en semi–piétonnier : cette mesure constitue à nos yeux la colonne vertébrale d’une requalification du bas de Sainte– Marguerite en quartier de vie, attrayant pour le chaland et agréable à vivre pour un public familial.
  • La mise en Zone 30 de toutes les voies perpendiculaires au semi piétonnier rendra tranquillité au reste du quartier et leur vocation résidentielle, et dissuadera le trafic de transit.
  • La transformation de Sainte–Marguerite en quartier de convivialité devra s’accompagner de l’aménagement accéléré d’infrastructures collectives de détente et de ren contre : l’ouverture programmée du Parc Sainte–Agathe devra être suivie d’autres initiatives en des lieux tels que la place Goffin Bovy, Fontainebleau, place du Flot...
  • Un soutien accru à la rénovation du bâti (propriétaires et locataires). A côté d’une opération immobilière publique aussi importante (et coûteuse) que celle de l’Ilot Firquet que nous saluons, nous pensons que de manière permanente il faudra encourager les habitants d’améliorer le bâti existant.

3. Quel avenir pour Fontainebleau et l’espace dégagé par le déménagement du CHC ?

La majorité actuelle a laissé passer une occasion en or de contribuer à la reconfiguration du quartier et de ses accès. À force d’hésiter, elle a laissé passer l’occasion de permettre au CHC de rassembler toutes ses implantations en développant le site de Saint–Joseph et de développer par effet de cascade un réaménagement de Fontainebleau.

Ne considérons pas le départ du CHC comme une tragédie, mais comme une opportunité qui nous est offerte de réfléchir, avec les habitants et les associations du quartier à un projet permettant une réutilisation pertinente de cet espace.

D’ici 2016, nous pouvons réfléchir à des solutions, sans négliger aucune piste.

Le CHC ce n’est pas uniquement un hôpital, c’est une vie qui gravite autour, des riverains, des visiteurs qui vont et viennent, des employés, des livreurs,... ce qui a permis le développement d’une série de commerces de proximité (boulangeries, HORECA, fleuristes, etc.) et qui a également apporté des retombées économiques sur la rue Sainte–Marguerite. Son départ risque de mettre en péril cette économie et il convient donc d’en tenir compte dans la reconversion du site.

Quelques exemples de reconversions possibles :

  • Développer un projet de « micro-ZAE » : C’est-à-dire encourager l’installation de petites entreprises avec peu de nuisances dans les quartiers. Dans la même optique, une partie de l’espace pourrait accueillir du « Co- Working », à savoir des espaces ou du matériel de bureau (imprimantes, fax, ordinateur,...) mis à disposition pour favoriser le télétravail.
  • Centraliser certains services administratifs : En particulier, les services administratifs du CPAS, qui pourraient profiter d’une partie des installations existantes. La requalification des bâtiments permet de conserver ceux- ci en tout ou en partie et donc de maintenir l’identité du quartier.

Ces deux exemples permettent de maintenir de la vie à Saint–Joseph, de ramener les emplois en ville tout en réduisant les déplacements et c’est tout le quartier qui pourrait bénéficier des nouvelles dynamiques créées ainsi que de leurs retombées.

Quelque soient les pistes choisies, un seul mot d’ordre : éviter la mono–fonctionnalité. Évitons de reproduire ce qui se fait place Saint–Lambert avec le palais de justice, c’est-à-dire un « no man’s land » après fermeture des bureaux qui en plus coupe totalement Pierreuse de la ville !

Nous pourrions nous inspirer des hôpitaux Debrousse et Antiquailles à Lyon qui ont tous deux étés également abandonné au profit d’une reconstruction par ailleurs et où la ville à développer un projet mixte de logements urbains, sociaux et d’activités tertiaires pour le premier et un projet mêlant logement, logements étudiants et restaurants pour le second.

Fontainebleau :

Véritable cicatrice héritée des pratiques passéistes du « tout à l’automobile », la voie rapide et le carrefour Fontainebleau constitue un des défis majeurs pour le quartier.

Ecolo entend jouer la transparence :

La reconfiguration profonde de cet axe représente un coût pharaonique et la ville seule n’a pas les moyens de régler le problème. Il convient donc d’interpeller le pouvoir régional, mais il faut également préciser que si des pistes de solutions peuvent être dégagées, elles ne peuvent s’envisager qu’à long terme.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut baisser les bras ! En effet, la première des choses est que la ville ancre son projet dans le cadre d’un schéma directeur afin de solliciter des budgets auprès de la région.

Il existe également des solutions immédiates que nous pouvons mettre en place, à commencer par la limitation du nombre de voies à deux ou encore l’installation de dispositifs de ralentissements, afin que les piétons ne risquent pas leur peau à chaque fois qu’ils tentent de traverser aux passages prévus à cet effet, mais où peu de voitures leurs cèdent le passage.

Il existe également des techniques de réaménagements des carrefours en espaces partagés, indiqué par des effets de plateau ou encore des variations de la couleur du bitume, amenant l’automobiliste à d’avantage de prudence. Lyon et d’autres grandes villes françaises ont déjà adoptés ce type de dispositifs.

La réduction du nombre de voiries exposée ci avant, permettrait de libérer de l’espace pour aménager des circuits exclusifs pour les vélos et les piétons, mais également pour les bus qui pourraient ainsi bénéficier d’une voie prioritaire.

Conclusion

Sainte–Marguerite est un quartier emblématique pour la politique des quartiers à mener à Liège.

Une vision ambitieuse et à long terme doit s’accompagner d’initiatives immédiates ! Le remaillage avec le centre, l’irrigation par la mobilité douce, un projet de quartier tirant bénéfice du patrimoine humain et immobilier offrira une plus-value formidable à Liège dans son ensemble.

Pour cela il faut l’adhésion et le soutien de la population du quartier ! Nous considérons la participation citoyenne non pas comme une corvée à liquider au plus vite, mais comme une condi- tion indispensable à l’adéquation et au dynamisme d’un projet de cette envergure. Ecolo veut se mettre au service de cette transformation AVEC les habitants du quartier !

Bénédicte HEINDRICHS, Cheffe de groupe au Conseil communal, Tête de liste Ecolo

Guy KRETTELS, Conseiller communal, 2ème sur la liste Ecolo

Simon CHARLIER, Urbaniste, 44ème sur la liste Ecolo

[1] Déplacements centre urbain / périphérie uniquement motivés par l’éloignement entre lieu de travail et lieu de vie.

A télécharger

CP_20120704.pdf
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