Lettre ouverte d’historiens liégeois et écologistes à MM. Demeyer et Gilles, Bourgmestre et Président du Collège Provincial de Liège

Publié le jeudi 24 mai 2012

Cher M. Demeyer, Cher M. Gilles, Cher Collège communal, Cher Collège provincial, Chers liégeois, chers liégeoises,

Commémorer la guerre de 1914-1918 va bien au-delà du souvenir de nos sol-dats morts pour la Patrie. Commémorer la guerre de 14-18, c’est se rappeler d’un conflit atroce, qui fit des millions de victimes dans les deux camps. Une guerre qui marqua les esprits, se voulait la « der des der » mais portait déjà en elle les germes du second conflit mondial.

Commémorer la guerre de 14-18, c’est aussi se souvenir que c’est suite aux traumatismes de ce conflit et de celui de 39-45 qu’a commencé la construction européenne qui, grâce au rapprochement des peuples et des pays, nous permet de vivre en paix depuis bientôt 70 ans.

Il ne s’agit pas d’effacer de nos mémoires la résistance des forts de Liège, et le lourd tribu payé par les populations civiles de notre Ville et de notre Province, faits qui valurent à Liège de recevoir la Légion d’Honneur française à titre collectif, et resserrèrent ses liens déjà étroits avec la France. Mais il s’agit aussi d’associer nos voisins de l’Eurégio Meuse-Rhin, dans une dynamique de réconciliation des peuples.

Ces commémorations, au-delà des cérémonies officielles, offrent une réelle op-portunité d’exercer un nécessaire devoir de mémoire, une mémoire vivante et citoyenne. Elles doivent permettre à chacun, chacune, de se réapproprier son histoire, notre histoire, par des biais différents. Elles seront aussi une occasion, par des initiatives originales, de faire mieux connaître Liège et sa région dans les pays voisins, et de renforcer les liens déjà existants. Certains évènements sont déjà prévus par la Province, nous espérons néanmoins que les initiatives et projets se multiplieront et que la Ville contribuera activement à le impulser ou les soutenir.

En termes de réconciliation et de mémoire citoyenne, voici nos propositions :

  • Création d’une plaque pour les soldats allemands enterrés à Robermont, en lien avec les villes de l’Eurégio Meuse-Rhin, l’ambassade d’Allemagne, avec la participation des élèves des écoles liégeoises jumelées avec des écoles allemandes.
  • Après rénovation, replacement de la statue de Charlemagne avec son orientation d’origine vers Aix-la-Chapelle. En effet, avant 1914, cette statue regardait vers l’emplacement du palais de l’Empereur et de son tombeau ce qui, historiquement, a plus de sens.
  • Organisation d’une exposition sur l’occupation de Liège et de sa Province (images, photos, presse, récits de la vie quotidienne) pour laquelle seraient invités à collaborer le Département des Sciences Historiques de l’ULg (Histoire et Histoire de l’Art), le futur Mnema, les Territoires de la Mémoire, le Théâtre de la Place et les Chiroux. Celle-ci serait inaugurée le 20 août 2014, pour le centenaire des évènements de ce qu’on appelait alors la Place de l’Université et des rues avoisinantes. Pour mémoire, 28 personnes furent tuées sommairement alors qu’elles se sauvaient de maisons incendiées, massacre qui marqua l’opinion publique. Cette exposition pourrait avoir lieu dans les locaux de l’ULg et ou à l’Emulation nouvellement restaurée. Elle serait également l’occasion d’une collaboration entre différentes institutions culturelles et associatives liégeoises.

En terme d’initiatives permettant d’aborder l’Histoire par différents biais, et par là-même de promouvoir le tourisme à Liège et dans sa région, notamment en France :

  • Organisation d’une exposition artistique temporaire au MAMAC, avec en point d’orgue le feu d’artifice du 14 juillet 2014. Des activités mémorielles spécifiques auraient lieu au Parc de la Boverie, ajoutant une plus value de sens, par exemple pendant 3 mois avant, 2 mois après le 14 juillet.
  • Développement d’un parcours touristique autour des forts : des journées de visites peuvent être organisées en car ou à vélo, avec mise en place de parcours adaptés. Des collaborations avec les musées liégeois sont à envisager. Ce projet sera à envisager en collaboration avec la Province, afin que cette dernière valorise ces initiatives dans l’espace francophone.

Deux concours internationaux peuvent être mis sur pieds, partant du principe que l’anecdote est une porte d’entrée vers la « grande histoire » :

  • Concours international de gastronomie autour du Café Liégeois qui fêtera ses 100 ans. En effet, jusqu’alors, celui-ci s’appelait le « Café Viennois », et fut rebaptisé, tant pour faire oublier ses origines autrichiennes qu’en l’honneur de la ville de Liège. Parrainé par un jury international, le concours s’adresserait aux jeunes talents (16-20 ans) avec plusieurs catégories : café liégeois dessert classique, menu entier axé café et chocolat, pousse-café liégeois… Un jumelage d’écoles d’hôtellerie liégeoise et parisienne aurait lieu à cette occasion.
  • Concours international pour le renouvellement de l’habillage et la décoration de la station du métro parisien « Liège », située à proximité de la rue du même nom dans le quartier de la Place de l’Europe. Cette station portait à l’origine le nom de « Berlin », et fut rebaptisée le 1er décembre 1914... A l’instar de la proposition sur le « Café viennois », le concours serait ouvert aux artistes et étudiants d’Art liégeois et parisiens. Un appel à projet serait lancé avec un budget paritaire entre mécènes et pouvoirs publics et l’inauguration des lieux serait l’occasion d’un événement médiatique retentissant.

Ces différentes propositions demandent un important travail préparatoire. Il est donc temps de retrousser ses manches, afin que ces temps de commémorations s’avèrent dignes d’un centenaire, à la hauteur des faits historiques évoqués et de la mémoire des Liégeoises et Liégeois. Nous invitons donc les majorités actuelles, tant à la Ville qu’à la Province, ainsi que les possibles acteurs des majorités à venir à prendre en compte ces suggestions, afin de faire de ces célébrations une réelle réussite.

Viriginie Godet, historienne, ULg 1998. Caroline Saal, historienne, ULg 2010. Matthieu Content, historien, ULg 2011. Quentin le Bussy, historien, ULg 2002. Jonathan Piron, historien, ULg 2005. Erwin Woos, historien, ULg 1994.

Historien(ne)s, écologistes et citoyen(ne)s liégeois(es)s soucieux de Liège, de sa mémoire collective et de son Patrimoine

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