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Interpellation au conseil communal, 21 mars 2005
Benoît Labaye

Je voudrais tout d'abord vous dire à quel point je me trouve mal à l'aise de devoir émettre un vote sur des aspects annexes ou connexes d'un dossier d'urbanisme pour lequel le permis unique n'a pas encore été accordé et n'a, par ailleurs, jamais fait l'objet d'un débat approfondi dans cette enceinte . Je n'ignore évidemment pas que l'octroi d'un tel permis d'urbanisme est, d'un point de vue formel, de la compétence exclusive du Collège. Si l'on se trouvait devant un dossier d'importance mineure ou un dossier incontestable, mon malaise serait évidemment bien moindre. L'importance de ce malaise aujourd'hui, et l'impression de devoir, un peu à l'aveugle, mettre la charrue avant les boeufs, vient précisément de ce que ce n'est pas un dossier mineur, qu'il a au contraire des implications considérables et pour le quartier concerné et pour l'ensemble de la Ville, et qu'il entraîne un certain nombre d'interrogations   majeures pour lesquelles je dois constater n'avoir pas de réponses crédibles.

Bien évidemment - pas de naïveté - le fait de porter aujourd'hui ce point devant notre conseil signifie que le Collège a d'ores et déjà une position favorable à l'égard du permis que vous allez plus que vraisemblablement accorder dans les prochaines semaines. J'ai bien entendu, en commission, Monsieur l'échevin de l'urbanisme, nous dire que l'octroi du permis serait, et c'est bien le moins, encadré par une série de remarques et contraintes au promoteur. Cela n'éteint ni mes questions ni mes inquiétudes, qui sont d'ailleurs aussi celles de nombreux habitants du quartier ou d'instances telles que la CCAT. Je voudrais brièvement les rappeler.

Rappeler d'abord à quel point le projet dont nous parlons aujourd'hui a connu, au cours des dix dernières années, de nombreux avatars et évolutions . Du projet original de Cité des Médias dont nous discutions en 2000, avec ses studios de production, son regroupement d'entreprises de l'audiovisuel, il reste aujourd'hui bien peu de choses, et il serait sans doute plus pertinent de parler d'une cité des loisirs et du commerce, le terme « Médias » n'ayant plus guère d'autre justification que 16 salles de cinéma et la venue toujours hypothétique de la RTBF sur le site. Cela démontre à mes yeux à quel point ce projet, loin d'être fondé sur une idée forte, organique, enracinée dans la réalité urbaine, est plutôt celui d'un investisseur-promoteur soucieux avant tout d'un investissement dont la rentabilité espérée compte plus que le contenu. C'est d'ailleurs bien ma première et principale inquiétude : je ne parviens toujours pas à me convaincre qu'un tel concept si culturellement éloigné de la réalité sociologique du quartier , à côté d'autres besoins qui m'apparaissent autrement urgents comme du logement unifamilial ou du commerce de proximité, soit pertinent au coeur même du tissu urbain (je ne connais pas beaucoup d'exemples de parcs de loisirs installés au milieu de la ville). Et je ne parviens pas plus à me convaincre que ce projet soit susceptible de redynamiser le quartier tant il m'apparaît autarcique et autosuffisant, le concept même étant celui d'un visiteur captif dès son entrée sur le site auquel on évitera soigneusement toute tentation d'en sortir.

Pour le reste, je voudrais rappeler succinctement les remarques ayant amené la CCAT à remettre un avis défavorable dans ce dossier, remarques relayées d'ailleurs par de nombreux riverains. Ces remarques pointent toutes les faiblesses d'une étude d'incidence dont plusieurs observateurs ont relevé ce qui pouvait ressembler parfois à un manque d'objectivité.

Première remarque : la CCAT s'inquiète de ce que l'étude d'incidence ne prenne pas position sur l'opportunité même du développement à cet endroit des différentes fonctions qui y sont prévues . Je pense évidemment d'abord aux salles de cinéma. Penser que 50 salles liégeoises peuvent survivre à proximité les unes des autres, et à proximité par exemple du Kihuy à Huy et du Moviewest à Verviers, relève, à mon sens d'une dangereuse méthode Coué. Je pense de la même manière aux surfaces commerciales. Quelle sera leur incidence sur les équipements similaires existant à proximité immédiate d'abord, et ailleurs dans l'agglomération ? Il y a un danger non seulement réel, mais évident, que le développement du projet aboutisse à une concurrence sauvage qui débouche sur des pertes de rentabilité, des fermetures, des faillites. Ignorer ce danger ou le minimiser me paraît particulièrement alarmant pour la Ville, et en particulier pour l'emploi dont les défenseurs du projet affirment faire leur premier souci.

Seconde remarque, qui nous ramène plus spécifiquement à l'objet de la délibération de ce soir : la CCAT relève que l'étude d'incidence néglige largement les conséquences de la fermeture de la rue d'Harscamps . Du point de vue de la circulation automobile d'abord. Penser à nouveau que la centaine de bus 4 quotidiens pourront être reportés sans encombre sur une rue Grétry déjà bien saturée à certaines heures, et cela sans aucun test en vraie grandeur, me semble relever plus de l'incantation que de l'approche scientifique. Du point de vue des circulations lentes ensuite. Je ne peux, à ce stade, que vous dire mon agacement devant l'espèce de chantage exercé par le promoteur sur ce point précis du projet, chantage empêchant que soient étudiées des solutions a priori plus conviviales et urbanistiquement plus pertinentes comme celle d'un semi-piétonnier par exemple. Un indice encore de ce que le promoteur tient avant tout à la captivité aussi étanche que possible des visiteurs du site.

La CCAT dénonce également, comme je l'ai fait il y a quelques minutes, un projet entièrement replié sur lui-même, sans réelle liaison avec le quartier dans lequel il entend s'implanter. Elle met le doigt sur des choix architecturaux contestables, sur l'insuffisance de description de ces choix, sur l'absence d'une étude de circulations sérieuse, et sur bien d'autres aspects encore que vous connaissez aussi bien que moi j'espère.

Voilà. Je pourrais certainement parler une heure encore d'un dossier qui, vous l'aurez compris, me tient particulièrement à coeur. Cela n'aurait sans doute guère d'utilité. Je préfère vous redire à quel point il me paraît inconcevable que l'on puisse en venir à des décisions irréversibles dans un dossier d'une telle importance après si peu de débats et d'information dans ce Conseil. Un simple rappel : la commission d'accompagnement du projet qui avait été constituée en 2000 ne s'est tout simplement, à ma connaissance, jamais réunie. Alors, pour conclure, une question et un défi : pourquoi ne pas permettre, au-delà de l'aspect formel des choses, une véritable confrontation d'idées à l'intérieur de cette Assemblée en réunissant par exemple des commissions générales sur le sujet.

En attendant, et dans l'immédiat, mon groupe, confronté à trop de questions sans réponses, ne peut que voter négativement sur la délibération proposée aujourd'hui
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