Intervention au sujet de la salle de consommation

Je me réjouis, au nom du groupe Ecolo, que vous apportiez un débat important au sein de ce conseil et que vous l’apportiez sous l’angle d’une réponse socio-sanitaire.

De la part d’Ecolo, il n’y aura pas de surprise concernant notre assentiment. Notre parti s’est déjà positionné sur les salles de consommation en d’autres lieux et depuis plusieurs années. Je suis sûre que vous vous rappelez, Monsieur le Bourgmestre, que Muriel Gerkens, députée fédérale Ecolo, avait remis en tant que présidente de la commission Santé du Parlement fédéral, en 2015, une proposition d’avis favorable au projet de loi pour permettre les salles de consommation en Belgique. Elle avait consulté un grand nombre d’experts en santé, en travail social ainsi que de la Police. Elle s’était nourrie des expériences des pays étrangers. Nous avions eu l’occasion d’en parler au niveau liégeois. C’est aussi professionnellement un sujet que je connais bien.

Nous soutenons parce que nous pensons qu’une politique drogues doit être une politique de santé. Les salles de consommation font partie des bonnes pratiques en réduction des risques. Elles ont été évaluées par des experts scientifiques et par des experts de terrain, vous l’avez dit monsieur le bourgmestre, (l’office des Nations Unies sur la drogue et le crime, Organisation mondiale de la santé), et cette évaluation est positive : elles mettent en contact des usagers de drogue en rue avec des équipes pluridisciplinaires (notamment des travailleurs sociaux, des infirmiers) ; elles ont un impact positif sur la santé des usagers qui la fréquentent (plus informés, réduction des overdoses, réduction des comportements à risque), elles luttent contre la stigmatisation des usagers de drogues, qui sont souvent fort démunis dans leur accès à la santé à cause de l’illégalité des produits – vous avez ; et elles réduisent les nuisances dans les quartiers concernés par la consommation en rue. Au Canada, mais aussi dans nos pays voisins, les salles de consommation sont venues combler un manque dans l’éventail socio-sanitaire, et il est temps de pouvoir en faire de même en Belgique.

C’est aussi demandé par le secteur : Eurotox, l’observatoire des usages de drogues et d’alcool l’a listé dans son livret sur les bonnes pratiques en RDR ; l’académie royale de médecine ; journée d’étude sur l’évolution de la RDR en décembre 2016…

En milieu de rue, on sait que les personnes sont extrêmement confrontées à l’inconfort, au froid, à l’humidité, à l’absence d’accès à des soins, à l’insécurité et à la violence, et que la démarche d’arrêt est loin d’être la première préoccupation. Je pourrais vous expliquer le processus de motivation au changement. Je suis favorable à la base volontaire. Les policiers peuvent informer évidemment les personnes qu’elles prennent sur le fait de la consommation dans l’espace public. Mais la coercition n’est pas commencer convenablement une alliance thérapeutique, et nous serons d’accord que nous recherchons tous l’efficacité d’une salle de consommation. Il faut des stratégies de santé pour l’ensemble des usagers de drogues, y compris pour ceux qui ne sont pas dans une démarche d’arrêt, et c’est ça que peut apporter une salle de consommation.

Liège le sait : les innovations concernant les usages de drogues commencent souvent par être illégales. Ca a été le cas du traitement de la dépendance à l’héroïne par la méthadone, qui a valu en Belgique à des médecins d’être arrêtés et emprisonnés et qui reste un acte médical très contrôlé. Dans les années 80, en pleine épidémie du SIDA, ce sont à nouveau des médecins, des travailleurs sociaux mais aussi des usagers de drogues qui ont décidé de distribuer des seringues stériles aux usagers. Notre politique fédérale drogues met énormément d’argent dans la répression plutôt que dans la prévention et la réduction des risques (il suffit de regarder les différences budgétaires colossales). Madame Defraigne se posait la question de l’appel d’air : actuellement, les politiques répressives actuelles ne font pas diminuer le trafic de stupéfiants, ça ne fait pas diminuer le nombre de consommateurs et, en outre, notre pays a déjà criminalisé des usagers, des médecins, des travailleurs, pourtant à la recherche de solutions humaines, de solutions adaptées aux épidémies du SIDA, de l’hépatite C, des problèmes d’addiction. Des personnes qui e font pas appel d’air, mais qui au contraire informent, donnent aux personnes concernées des clés, des outils pour prendre soin d’eux, de leur santé.

C’est dans ce contexte et dans cet historique que vous nous proposez cette salle de consommation. Très bien, nous sommes pour avancer quitte à devoir mettre le pied dans la porte. Nous étudierons les résultats de l’enquête Belspo, les réactions du monde judiciaire pour voir quelle est la stratégie la plus susceptible d’aboutir pour obtenir cette autorisation fédérale.

Pour notre part, nous sommes en train de consulter les principaux intéressés, les travailleurs du secteur, car nous avons tous ici une très grande responsabilité à ce que ce projet aboutisse, qu’il s’installe de manière pérenne et qu’il s’intègre de la manière la plus adéquate dans le réseau déjà existant.

Pour Ecolo, quatre points demeurent importants :

  1. Quelles garanties de sécurité pour les usagers et les travailleurs du lieu ? La loi concernant l’interdiction d’usage de substances psychoactives est très claire, je vous rejoins sur votre lecture du rôle central de la loi de 1921. Les pouvoirs communaux doivent anticiper les risques judiciaires et s’assurer qu’ils en porteront la responsabilité, non les usagers et non les travailleurs. Ces garanties sont importantes car cette salle de consommation doit être un projet de long terme. Rappelons-nous TADAM, un projet pilote qui se termine au bout de deux ans : on crée une infrastructure, on donne de l’espoir à des personnes et, un jour, c’est terminé de façon abrupte parce que la majorité fédérale ne veut pas transformer des résultats positifs, intéressants de l’étude en législation. Ca n’était ni bon pour les usagers qui se sont retrouvés confrontés seuls face à leur consommation, à un processus de soin qui n’était pas terminé avec pour certains des conséquences plus que néfastes (plusieurs overdoses) , ni bon pour les travailleurs qui sortent découragés, dégoûtés. La non-limite dans le temps fait vraiment partie des standards de qualité, des recommandations formulées internationalement aux services destinés aux usagers de drogues. On ne peut pas se contenter d’un effet d’annonce et d’un mini-projet instable, incertain.

  1. TADAM est-il la bonne option ? Les arguments du bourgmestre sont le fait que TADAM existe déjà et que les riverains sont déjà au fait de la problématique. On voit l’intérêt financier, effectivement, à ne pas partir de zéro, mais TADAM n’est pas une salle de consommation. Il ne suffira pas de l’ouvrir pour dire que c’en est une, il faudra des aménagements (salle d’accueil, services administratifs, soins infirmiers de base). Elle est occupée de plus par un comptoir d’échanges de seringue financé par la RW. Il faut déplacer ce service, il faut voir s’il y a une possibilité de l’intégrer.

  1. Comment intégrer ce lieu de consommation dans le réseau existant ? Cette question est directement liée au point précédent. Choisir la bonne option pour ce lieu nécessite de partir du réseau de MASS, de dispositifs mobiles, d’associations déjà existantes sur le territoire, afin de faciliter l’accès et le passage d’une structure à l’autre pour les usagers de drogues en rue, dont les besoins sont multiples (matériel stérile, testing VIH/VHC, accès au logement …). Ce lieu doit s’insérer dans cet ensemble. Ce sont vraiment les travailleurs de terrain qui doivent être à la manœuvre. Je vous rappellerai néanmoins que ça doit s’inscrire dans une politique sociale renforcée et non jouer les vases communicants entre des enveloppes déjà existantes.

  1. Comment intégrer ce lieu de consommation dans la ville ? La réussite de l’installation d’une salle de consommation à moindre risque dépend du travail de concertation avec les riverains et les acteurs du quartier dans lequel elle s’implante. Il est crucial de ne pas négliger cet aspect et d’organiser cette concertation.

Attention au syndrome Isatis. Le risque des effets d’annonce rapides, Willy Demeyer les connaît bien, c’est de susciter une levée de boucliers qui font capoter le projet. Une phase importante est celle de l’information des citoyens.

En conclusion, nous sommes favorables. Ecolo est favorable à ce projet. Nous participerons de manière constructive aux débats et aux réunions qui nous attendent, dans la lignée de ce que défend notre parti sur le sujet et de ce que je défends moi-même depuis plusieurs années. Nous serons aux cotés des travailleurs concernés.

Caroline Saal, cheffe de groupe Ecolo à la Ville de Liège

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