Budget 2016: « la trahison des images »

(La Trahison des images est un des tableaux les plus célèbres de René Magritte. Il représente une pipe, accompagnée de la légende suivante : « Ceci n’est pas une pipe ».)

 

Selon l’échevin des finances, « le budget est à l’équilibre »; selon le Bourgmestre, « ceci n’est pas un budget de crise ».

Selon Ecolo, c’est la crise et on n’a jamais été aussi loin de l’équilibre depuis 2009 ! Reprenons point par point le discours du collège :

 

1. Equilibre entre les recettes et les dépenses

C’est une vue de l’esprit : la situation est plus que bancale. Si les dépenses ordinaires sont effectivement égales aux recettes, c’est uniquement grâce à un transfert (3,3 M€) du budget extraordinaire (en investissements) à l’ordinaire ; pratique que nous avons déjà dénoncée au 2015.

Au niveau des rentrées, la majorité tire sur 3 grosses ficelles :

  • Au budget ordinaire, d’une manière générale, on fait face à la prévision sur la prévision. En effet, les recettes établies en décembre 2014, sont celles que l’on nous ressert en décembre 2015. Quand on interroge l’échevin sur  la réalité de ces recettes présumées : aucune réponse. On n’a pas de vue sur les recettes réelles.  Pas de CMB pour appuyer vos dires et vous reconnaissez  que le federal vient de vous annoncer une mauvaise nouvelle : – 6 millions
  • Ensuite, toujours au budget ordinaire, nombre de recettes  sont surévaluées.Quelques exemples:
    • Rentrée prévues pour les tickets d’entrée des piscines : cela double. Alors que nous savons, que dès que Jonfosse ouvre, Outremeuse va fermer, ce qui permet d’ailleurs de comprimer les frais de fonctionnement prévus. Sur les piscines, d’ailleurs, bel exercice de window dressing : depuis 2007, les ASBL sportives ne paient pas leur quote-part energie et le collège propose de passer d’une quote-part s’élevant à 1940 euros en 2014 à 290 000 eurs en 2016. Alors de 2 choses l’une : soit le college a decidé de couler les ASBL sportives , soit c’est du mensonge car vous ne récolterez jamais jamais une telle somme d’ ASBL exsangues.
    • Pour  les musées, idem : 61 000 en 2014 et 175 000 en 2015.  Celles-ci doublent alors que nous savons qu’il n’y a pas de budget en matière de promotion des outils.  Qui sont ces visiteurs  qui vont ainsi tripler nos rentrées en berne depuis des années ?
    • Pour les nouvelles zones de stationnement, le collège  promet de belles recettes  alors que le projet n’est pas encore voté au conseil.  Si cela se déroule à l’instar de la rationalisation de l’accueil extra-scolaire attendu pour 2015, avec une économie de 100 000 euros, la recette est galvaudée car le dossier extra-scolaire n’est pas encore réglé. L’économie est donc non engrangée.
  •  Au budget extraordinaire, malgré les dénégations de l’échevin des finances qui essaie de faire croire que l’on continue à investir à hauteur d’une métropole : c’est un vrai coup d’arrêt.  En effet, sur 160 millions de recettes annoncées, 90 viennent de report du passé. Ce qui est un vrai racrapotement, une vraie mauvaise nouvelle face aux enjeux colossaux qu’a à affronter notre ville.

Au niveau des dépenses

Côté dépenses, l’équilibre est bancal également. En effet, comme cela devient une habitude, on reporte sur les années futures le poids des charges actuelles. La charge de la dette s’alourdit jusqu’à 2020, une augmentation de 20% de la charge en quelques années. Et ce n’est pas que facial quoiqu’en dise l’échevin des finances. 

  • Tout d’abord, le rééchelonnement n’a pas permis,  contrairement à ce qui a été annoncé,  d’alléger les charges de dettes ;
  • En plus, on emprunte entre 15 et 19 millions chaque année depuis 2014 pour couvrir les obligations en matière de cotisation en responsabilité ; et ce n’est pas fini. !
  • Enfin, on ponctionne dans les réserves qui, à ce train-là, seront vides d’ici 3 ou 5 ans selon les fonds mobilisés.

Des lors, quelle est la capacité d’endettement de la ville ?  Ecolo est très très inquiet depuis 2013.  Nous avons désormais peur. A force d’emprunter, on va rapidement atteindre la ligne rouge.

Sachant que les autorités subsidiantes réduisent la voilure d’année en année et qu’en 2020 le périmètre d’endettement  de la ville sera revu, on peut se demander à quoi joue l’échevin des finances : «après nous les mouches?».  Avez-vous décidé de faire place nette pour 2020?

2. Pas d’augmentation des taxes

Facialement pas d’augmentation des taxes. Soit. Mais il va falloir nous expliquer alors comment le rendement des taxes augmente sans rien changer …. 4 exemples

  • L’ IPP est annoncé plantureux  alors que la population n’augmente pas  et que le taux de perception est de 95% .  On ne peut donc pas tabler sur une amélioration du processus de perception. Alors c’est quoi ?  Écolo ne peut se  contenter pas de la réponse «  les Liégeois sont plus riches » alors qu’on nous annonce 500 dossiers RIS pour 2016…
  • La  taxe sur la publicité toute boite : on en attend un rendement incroyable alors que nous savons que les modalités de celles-ci sont tellement complexes que depuis plusieurs années les annonceurs renoncent à faire des toutes-boites. C’est donc une taxe virtuelle …
  • La taxe immobilière : apres 5 ans d’échec de mise en œuvre du précédent système qui a fini devant les tribunaux et la mise ne place d’un nouveau en 2015 dont on ne connait aucun résultat, vous voulez nous faire croire qu’on va encore augmenter les rentrées en 2016 ? Restons sérieux  SVP.
  • La taxe sur les déchets : elle double.  « À cause du prix du sac dont on a changé de fournisseur » nous répondit-on en commission.  C’est un peu court comme explication…et si on parlait vraiment coût vérité et progressivité de la taxe ?

Nous pensons au contraire que la pression fiscale qui pèse sur les liégeois, qu’il s’agisse des ménages ou des entreprises augmente chaque année depuis le début de la législature : le compte 2013 indique des recettes de 147,8 M €; celui de 2014 mentionne 153,2 M € (pour 158 M € budgétés, soit plus de 5M € de recettes surévaluées); cette année prévoit un budget  »fiscalité » qui se monter à… 170,7 M €! L’année passée, c’étaient 163M € inscrits au budget… c’est presque 5%. de plus sur un an, sans inflation ni indexation. 

Pour toute réponse, vous nous dites que ce sont les informations du fédéral qui obligent à jouer du yoyo sur les montants des rentrées fiscales. Un peu court. Vous êtes surs que ce n’est pas la crise ? 

3. Maitrise des grandes enveloppes de dépenses

Maitrise oui : en  comprimant  partout !

Toutefois sur le plan du personnel, on peut se demander comment on peut engager 120 personnes sans augmentation de la masse salariale  800 personnes engagées depuis 2013 sans surcoût apparent ? On a du mal à y croire  

Maitrise oui : en refilant certains coûts aux autres…

  • Le problème budgétaire de l’IILE n’est toujours pas résolu.  Cela devient intenable
  • Les synergies avec le CPAS et  ISOSL : on refile la patate chaude des cotisations en responsabilisation…
  • Zone de police : on maintient depuis 2014 la même dotation alors que nous avons dû faire face  à de nouveaux engagements et des surcouts d’équipements.

4. Une ambition intacte de développer de nouveaux projets

Ambition : le mot  est juste..  Cela  reste une ambition. Intacte : c’est sûr, on ne touche à rien.

Quant au qualificatif « nouveau projets », ils paraissent bien ordinaires : la fin du projet informatique , un petit évènement Liege Together, une nouvelle crèche et la rénovation des Degrés des Tisserands  … Bref, à part la Cité Administrative , rien qui mérite le qualificatif « metropolitain ». 

5. Conclusion

On quitte l’équilibre en 2016 pour atteindre la rupture en 2020.

On vit avec ce budget le leurre des images si cher à Magritte : l’Echevin des Finances se trompe : ce n’est pas le prix de l’investissement productif que la ville paye aujourd’hui,  mais bien le prix des pensions du passé qui nous rattrape.

Le Collège parle d’une vision d’avenir… C’est plutôt une vision d’avanies … le Collège ne fait preuve d’aucun imagination et réutilise les mêmes recettes dans le cadre du plan de gestion : diminution du cout des assurances, diminution des frais divers, réduction de la dotation au CPAS et externalisation des services et enfin utilisation de la râpe à fromage pour couper à l’aveugle dans les subsides et les frais de fonctionnement.

 

Bénédicte Heindrichs, cheffe de groupe

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