« Ceci n’est pas un budget de crise » – intervention du groupe Ecolo sur le budget « Culture »

La culture, c’est un peu le poste dont beaucoup se demande pourquoi on le finance mais dont tout le monde s’enorgueillit en applaudissant des deux mains quand un prix international nous est décerné. Pourtant, aujourd’hui investir dans la culture, et dans son accès au plus grand nombre, n’est pas un luxe : c’est une nécessité car pour paraphraser Heiner Müller « La tâche est de travailler à la différence(ou bien tout le reste sera pure statistique et affaire d’ordinateur). »

Quelques bonnes volontés à saluer

  • La création d’un festival de la B.D. à hauteur de 25 000 euros : la BD est encore considérée comme un objet culturel non identifié, bien plus perçu comme un objet de détente que comme un art à part entière. Or qui a lu Blast de Manu Larcenet, ou Persepolis de Marjane Satrapi sait que la BD, c’est bien plus que des dessins et des lettres. La création de festivals doit être un lieu de reconnaissance mais aussi de critique – la critique en BD n’existe quasiment pas l’heure actuelle, si on compare à la critique littéraire, musicale ou cinématographique – critique, qui est elle-même la preuve d’une reconnaissance, d’une prise au sérieux. Donc ce projet de festival est réjouissant. Néanmoins, parmi la foison de possibilités de création événementielle, on aimerait savoir quel objectif de la politique de la Ville il rencontre. Je sais Monsieur le Bourgmestre fan de B.D., je le suis également, mais force est de constater que ça n’est pas un argument suffisant pour estimer de l’intérêt d’un projet et pour le mener à bien. Si Liège organise un festival de la B.D., il faut qu’il ait du sens. Je me pose également la question des organisateurs : la Ville va-t-elle tout prendre en charge ? Qui porte ce projet ? En profiterait-on pour faire le lien avec les écoles tournées vers le dessin, les nombreuses librairies alternatives présentes sur le territoire de la Ville? Ecolo sera également attentif dans ce dossier à la présence donnée aux dessinateurs et aux scénaristes belges et en particulier de la région liégeoise, pour qui ce moment doit être une fenêtre d’opportunités pour faire découvrir leur travail.
  • Un supplément de 2 000 euros pour les fêtes de la Musique : on ne peut que soutenir l’initiative, même si on attend de voir s’il s’agit d’un rééquilibrage général des octrois de subside ou s’il augmentera le nombre ou la qualité des offres culturelles.
  • 45 000 euros pour le projet REMUA
  • 30 000 Euros en plus pour Coteaux de la Citadelle : au vu du succès de cet événement annuel et de la fréquentation grandissante, il est nécessaire de l’adapter afin qu’il continue à satisfaire les nombreux visiteurs qui envahissent le cœur historique et les coteaux le premier samedi d’octobre. Néanmoins, ce gros renfort financier doit être utilisé à bon escient. Nous souhaitons qu’il serve avant tout à assurer la sécurité, la préservation des monuments visités ce jour-là et à une aide aux différents lieux qui accueillent ce soir-là les touristes. Il ne s’agit pas pour nous de dénaturer la Nocturne des Coteaux mais bien de veiller à gérer ce grand nombre de personnes, sa circulation en gardant son côté féérique, local et bon enfant.
  • L’augmentation de 60 000 euros de l’enveloppe accordée à Mnema, double le montant alloué au subisde Mnema prévu en 2015. Cette décision nous a été présentée comme une volonté politique de renforcer ce projet et ses missions. En réalité, l’enveloppe reste la même si on tient compte des emprunts que la Ville avait contracté pour Mnema et qu’elle a fini de rembourser. Par là, vous montrez combien vous encouragez cette institution à prendre sa place d’institutions culturelles importantes à Liège, aux côtés des Grignoux et des trois institutions culturelles de la FWB. Ce n’est pas vraiment surprenant, et on se réjouit de voir les fruits que Mnema nous réserve pour l’année qui vient, dans le climat actuel qu’on ne cesse d’évoquer ces jours-ci.

 

 Une baisse des subsides qui ne dit pas son nom

  • Pas d’adaptation des enveloppes budgétaires du côté des grandes institutions (Opéra, Orchestre Philarmonique, Théâtre de Liège)

Le Collège annonce dans son plan de gestion que la participation communale aux finances des grandes institutions culturelles de la FWB est, je cite, « pleinement maîtrisée ». C’est le moins que l’on puisse dire : aucune augmentation, pas même d’un euro, n’est prévue jusqu’au moins 2020 pour ces institutions.

Sachant que, saut d’index ou non, les coûts énergétiques et les coûts en personnel vont augmenter, ces prévisions n’incarnent pas une stabilité mais bien une baisse de l’aide accordée. Un constat d’autant plus inquiétant que depuis le 13 novembre, la fréquentation des lieux culturels a baissé. Si cette morosité persiste , ne serait-ce que quelques semaines, elle va laisser une empreinte dans les comptes de ces institutions.

Cette remarque est valable pour toutes les enveloppes qui ne bougent pas d’un centime (je pense aux Grignoux). Tout le secteur culturel a bien compris que les temps sont durs, on leur rabâche la même chose à tous les niveaux de pouvoir.

  • L’annonce de la révision tarifaire d’occupation des infrastructures communales

Elle est budgétée à 250 000 euros par an, doit arriver pour 2016-2017. Ecolo sera très attentif à ce projet de règlement que vous nous soumettrez prochainement, parce que si on maintient les enveloppes mais qu’on augmente l’argent qu’on réclame, on n’est plus dans un budget qui ne fait de mal à personne comme le Collège essaie de nous le vendre. Sur qui va se répercuter ce coût ? 250 000 euros de recettes ou 250 000 euros de dépenses budgetivores pour les associations ?

Quelle stratégie globale ?

Mr l’Echevin va dire qu’Ecolo répète sans cesse la même chose. Ecolo demande régulièrement à obtenir de la part de la Ville un audit clair sur les lieux culturels présents à Liège, sur ceux qui sont aidés ou non, et aussi un détail de l’ensemble des subsides pour les années antérieures. Mon collègue Quentin Le Bussy l’avait demandé pour pouvoir avoir une idée précise. On n’a pas besoin de savoir toutes les lignes de la répartition de subsides pour le budget 2016, puisque les attributions à des projets doivent pouvoir rester flexibles en partie. Cette demande pour deux raisons 

  • Les critères : Qu’est-ce qui justifie qu’une compagnie reçoive 5 000, un théâtre 10 000 euros, etc. ? Sa propre demande ? Cette réponse n’est pas suffisante. Son public ? Ses thématiques ? Peut-être les priorités sont-elles très claires dans la tête de l’échevin, mais ça reste un mystère. Ecolo réclame une ligne politique non pas rigide mais transparente au niveau des critères de financement des projets. Puisque vous dites vous-mêmes dans le projet de Ville qu’il faut miser sur une culture de qualité, qu’attend-on ?
  • Quelles places pour les nouvelles initiatives ? Ce que le festival de la BD illustre, c’est comment le milieu culturel évolue, bouge… Des initiatives que la Ville n’envisageait pas de financer auparavant, trouvent un intérêt aujourd’hui. A Liège, dont le dynamisme culturel est multiforme, se créent des collectifs, parfois temporaires, parfois permanents. Les uns font du graf’, d’autres veulent recréer des ciné‑clubs à l’échelle de quartiers. Pour Ecolo, c’est important de ne pas se contenter de financer toujours la même chose, mais de rester à l’écoute de ces évolutions, de ces nouvelles demandes (subsides, prêts de locaux, de matériels, aide à la promotion et à la mise en réseau). Je vois qu’on parvient à dégager des sommes importantes pour les Coteaux ou pour Mnema, j’aurais envie de la même politique volontariste pour les acteurs culturels plus petits ou nouveaux, qui malheureusement témoignent trop souvent de la difficulté à se faire entendre.

 

Outre la transparence que nous réclamons, ces deux remarques sous-entendent une autre question qui est celle de la prise en compte du public qu’on veut toucher et celle de la valorisation des artistes liégeois. On met des sommes importantes dans certaines institutions culturelles parce que leur rôle est capital, personne n’en disconvient. Néanmoins, il faut bien se rendre compte qu’elles ne rencontrent pas toutes les demandes et qu’il y a des publics qui ne rentrent pas dans ces endroits. C’est trop cher, c’est une culture qui peut avoir l’air réservée à des personnes qui ont déjà des connaissances culturelles développées, ça ne rencontre pas tous les besoins et toutes les attentes culturelles, etc. Or veut-on abandonner un public à la recherche d’une culture plus populaire, alternative, moins institutionnelle, plus ancrée dans les quartiers ? J’espère que non. Nous, Ecolo, voulons un audit et une politique d’accueil et d’accompagnement pour pouvoir mettre le doigt sur les qualités et les faiblesses de l’offre culturelle à Liège et savoir à qui elles est destinée, tant du point de vue du public que du point de vue des acteurs. C’est un vrai travail à mettre en branle si la Ville ne veut pas se contenter d’un discours creux, plein de poncifs traditionnels. Ecolo souhaite un vrai horizon.

 

Caroline Saal, conseillère communale

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