Lutter aussi contre le « non-recours » à l’aide sociale

Guy Krettels a posé les questions sur l’indispensable indépendance du CPAS et le respect de sa déontologie pour qu’il puisse mener à bien ses missions. J’aimerais me pencher sur deux aspects de la réalité sociale qui existent déjà et se renforceront plus que probablement le 2 janvier, lors de l’exclusion des chômeurs.

 Il existe une catégorie de personnes précaires dont on ne parle pas : les personnes qui ne vont pas frapper à la porte du CPAS, par manque d’informations, par complexité administrative, par peur ou par honte (je suis stupéfaite du nombre de personnes que je rencontre, sans revenus et qui n’envisagent même pas que leur situation leur donne droit à réclamer une aide). Ce phénomène de non-recours au droit est bien peu présenté dans les médias et intéresse peu les milieux politiques, à la fois par méconnaissance mais aussi par cynisme de la part de certains : ceux qui ne se manifestent pas ne demandent pas d’argent. Or ces non-requérants sont généralement des catégories fragiles de la population : des études ont montré que les jeunes catégories d’âge ont perdu le sentiment d’avoir des droits. Un autre responsable de cette situation est le message aidés=profiteurs, qui stigmatise et qui, contrairement à ce qu’on pourrait penser, décourage réellement des personnes à prétendre à une aide. Je me rends bien compte que ce que je dis va à l’encontre de nombreuses idées reçues, voire de situations vécues mais il faut aussi savoir prendre du recul. Ce non-recours n’est pas sans conséquences économiques : au contraire il entraîne des surcoûts à cause de dégâts sanitaires et sociaux (cesser d’être en ordre de mutuelle, endettement, etc.). Nous développons des stratégies anti-fraude, que ferons-nous pour enrayer le phénomène de non-recours ? J’insiste sur le développement d’une réflexion en ce sens, avec le secteur social.

 Autre problème : dans le discours sur la gestion des exclusions du chômage, on tente souvent de calculer le nombre de nouveaux revenus d’intégration sociale. On sait que tous les chômeurs ne pourront pas réclamer un revenu : certains auront un cohabitant dont les revenus seront légalement considérés comme suffisants à la survivance du ménage, d’autres devront recourir à des parents plus aisés, etc. Ça ne signifie pas qu’ils ne pourront pas frapper à la porte des guichets de l’énergie, de l’aide médicale, de la médiation de dettes, etc. De ce tsunami-là, on parle beaucoup moins sans doute car il est très peu estimable. Quand peut-on prévoir un moment de « bilan » sur la situation sociale post-2 janvier et de création de solution ?

 Je n’aime pas le syndrôme Cassandre, mais j’aime encore moins gérer à la petite semaine.

 

Caroline Saal, conseillère communale

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