Intervention sur la gestion de la dette de la Ville

M. L’échevin,

S’agissant de la gestion de la dette et des emprunts, votre exposé en commission m’a laissé perplexe, pour n’en pas’dire davantage. Je constate avec soulagement qu’il y a désormais une gestion de la dette et des emprunts. Je déplore que cette gestion ne se traduise ni en maîtrise du sujet, ni en maîtrise technique, ni en vision à long terme, comme je vais vous l’expliquer.

Durant de longues minutes vous avez opéré des circonvolutions autour du sujet, arguant de grands renforts d’expressions creuses et effets de manches divers, pour nous expliquer, en résumé, comment en empruntant plus, nous rembourserons moins.

Or, M. L’échevin Firket, comme le veut l’expression « emprunter de l’argent coûte aussi de l’argent » et si cela semble bien intégré par beaucoup, cette compréhension élémentaire semble voir faire défaut, malgré une expérience dont vous prevalez régulièrement.

Les termes mêmes utilisés, d’étalage en lissage en passant par et je vous cite des « reliftages », relève d’un vocabulaire de salon d’esthétique, car il s’agit bien de cela: ravalement cosmétique et encore, sans grand talent. On ne traite pas une dette colossale avec des gommages et des maasages ayurvediques. C’est le camion volé qu évoquait Mme Heindrichs, et on n’est pas dans « Pimp my ride », qui visait à rehabiliter une ruine, mais dans une opération de pure cosmétique. Vous raliez tout à l’heure tel un clown triste, sur la charge du passé, oubliant que vore parti gère les finances de nore ville depuis des temps antediluviens, en termes de temps politique. Je vous avoue que je goûte assez peu cette manière de faire et de se plaindre. Indignez vous ou ruez dans les brancards, mais tous ces  jérémiades me lassent.  J’aurais voulu vous voir les mains dans le cambouis à foirfouiller dans le moteur, mais cela sied peu à votre tempérament, semble-t-il. J’eus alors pu vous applaudir, mais je suis déçu.

Outre une véritable réflexion sur la validité de la dette et de ses servants qui brille par son absence, les mécanismes d’entretien de la dette ne sont ni compris ni décodés. Le CRAC et les banques sont nos guides opaques et tels les croyants il vous faut les suivre. Or les grands timoniers de la dette se sont, des dizaines d’années durant, payés sur la bête, sans jamais recevoir la monnaie de leur pièce, à peine la balance a-t-elle commencé à se rééquilibrer. Aujourd’hui encore, même après le crash, même après l’abysse de Dexia et malgré nos propositions en la matière, la rengaine est la même et elle mine la région wallone dans tout ce qu’elle entreprend: « on a toujours fait comme ça ».

La passe d’armes virile mais fort courtoise, avec M. Le Directeur Financier en commission, est à cet égard éclairante: de haute lutte et à force de demandes d’explications, on a fini par déballer le cadeau: « il faut être clair, si c’est plus facile au début, c’est plus difficile à la fin. La hausse des remboursements est de l’ordre de 10% l’an ». Cette formule dite « progressive » nous avait été présentée en ces termes, à l’époque où nous avons emprunté avec ma compagne pour acquérir un bien: « c’est en quelque sorte parier sur votre avenir, votre carrière, mais si ça coince de ce côté là  ça peut devenir insurmontable ». C’est en renegociant les armes à la main qu’on aurait pu réduire sans lisser, sans étaler, sans augmenter in fine. Car étaler c’est payer davantage, et dans notre cas payer chaque année encore un peu plus. Le résultat sera en 2018 catastrophique. Et en 2032 nous en sortirons à peine. Le yoyo des remboursements rendrait sot le plus expérimenté des gestionnaires du trésor public: prévisibilité et trajectoire claire sont pourtant élémentaires en termes de planification financière.

Tout ceci ne prend même pas encore en compte le dernier prêt voté le mois passé: nous paierons, encore et encore, cher et vilain, non pas pour mettre en oeuvre des projets,  mais bien pour payer l’ordinaire. Aujourd’hui M. Firket, vous êtes la ménagère acculée d’un ménage surendetté. Vous taillez l’ardoise de la marchande de quatre saisons pour payer le boucher, et faites les yeux doux au pâtissier pour nourrir les enfants. C’est désolant mais on peut mettre à votre credit de faire front. Ce qu’il nous faut, ce ne sont pas des minauderies mais un électrochoc, la remise en question des abus du passé (ceux des banques), l’abandon des expedients de tous ordres, vous en parliez M. le Bourgmestre. Vous auriez pu nous promettre du sang et des larmes, nous aurions serré les dents et répondu chiche. Vous nous proposez le sourire de la crémière, j’en suis marri et je pense que c’est une défaite pour la politique dans le sens le plus noble du terme.

 

Quentin le Bussy, conseiller communal

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