Liège, à nouveau la tête sous l’eau

Cette année, pour la première fois depuis 2002, le collège a obtempéré face à l’opposition  et présentera au conseil communal  à la fois les budgets  et le plan de gestion.  Comme on va le voir, il est clair que l’un sans l’autre, l’évaluation  du budget 2015 n’a pas beaucoup de sens.

Un budget d’un demi-milliard s’évalue sur une trajectoire pluri annuel et les balises des grandes masses budgétaires.  Afin de bien comprendre les enjeux, il faut se replacer dans la perspective des différents plans de gestion.

 

La  ville  à nouveau la tête sous l’eau

1er acte, la ville retrouve un certain équilibre. En 2002, premier plan de gestion, la ville emprunte 88 millions  pour les pensions.    En 2008, la Région reprend à 80 % la charge de la dette (en intérêts, pas en capital).

2 ème acte, la ville rebascule.  Consécutivement, la ville se fait avoir par la Région avec la réforme du fonds des communes (gel d’une part de sa dotation grande ville), le fédéral (introduction de la cotisation en responsabilisation) et la crise financière (perte d’investissements et de dividendes).

3 ème acte, la ville renoue avec l’emprunt.  A la charge d’emprunt  d’investissement reportée  de l’année 2014[1] , il va falloir emprunter (le collège croit encore à un don) pour faire face à  la cotisation en responsabilité relative aux pensions dont le montant pour l’exercice 2014 est d’une quinzaine de millions[2]. Alors  que la dotation  du fonds des communes n’a jamais été aussi basse (129 millions) et que les recettes diminuent.  Ainsi, c’est 42 millions qu’il faut trouver pour l’exercice 2015.

2015, année d’austérité ?

Clairement oui :

  • les recettes de transfert  des autres niveaux de pouvoir diminuent. Notons en particulier la diminution du PFGV de 15 % en fonctionnement et de 1,8 millions en investissement dans le volet logement ;
  • les recettes des dividendes  sont en diminution constante   ( -2,4 millions %2014)

Alors que les charges de transfert vers les entités consolidées s’élèvent à 135 millions  et  le poids des charges réduit le volant disponible pour de nouvelles politiques.

La charge de la dette subit  une augmentation  impressionnante de 4,8 millions en un an et 6,6 millions en 2 ans.   La question mérite plus que d’être posée : La dette est –elle contrôlable ?  Dans une comptabilité bien ficelée, les charges ne jouent pas au yo yo, elles sont prévisibles.  Où le collège emmène-t- il les liégeois avec une toupie pareille ?  Le budget communal liégeois est garant de services publics fondamentaux qui dépendent largement de lui : le CPAS, la Police, l’IILE.  Si le cœur ardent prend l’eau de toutes part, comment garantir demain l’ensemble des services publics ?

Qui dit austérité, dit coupes budgétaires.  Dans quelle poche le collège va-t-il chercher les sous ?

De manière décroissante :

  1. Dans les  siennes,
  2. Dans celle du contribuable,
  3. Dans la caisse de la province.

 

1. La ville

Il faut saluer les économies budgétaires  prévues par le plan de gestion et une meilleure utilisation des ressources  dans le budget ordinaire :

3 exemples éclairants :

  • Les investissements consentis les années précédentes en matière d’informatique[3] ont permis de créer des bases  de données, de croiser les infos  et d’une manière générale de générer des vraies poches d’économies de fonctionnement ;
  • Le lancement d’un marché public en matière d’assurance va générer une économie de 775 ooo euros[4].
  • Le collège propose une réduction de la dotation de 339 000 euros du CPAS, compensé par la mise à disposition d’agents qui permet à la fois de soulager les travailleurs du CPAS soumis à forte pression depuis des années et de procéder à des nominations pour endiguer la croissance du montant de la cotisation en responsabilité.  Voici venir le temps des synergies. Fort bien, mais encore faut-il s’assurer que ce n’est pas au détriment de l’action sociale dans son ensemble.

 

2. Les citoyens et les associations

Certaines taxes augmentent comme le PRI.  Comme l’assiette des contributeurs est plus large que celle des propriétaires liégeois, l’effort à fournir nous parait relativement juste et indolore à titre individuel ( 14€).

Par contre, la réduction linéaire de 5 % à tout subside de plus de 2000 euros : la fameuse râpe à fromage dont le collège s’est défendu ces 2 dernières années  continue.   Gommette verte : les conseillers communaux disposent enfin du listing.  Gommette rouge : réduire sans critères, témoigne de l’incapacité du collège de faire des vrais choix.  Ecolo en ces temps de crise refuse qu’on réduise la première ligne d’action sociale : c’est-à-dire là où l’associatif prend le relais du service public  (ex : La Fontaine qui est le SEUL endroit où les SDF peuvent prendre une douche[5].  Ecolo refuse, par ailleurs, qu’on touche aux subsides culturels : la ville consacre, contrainte et forcée,  déjà assez aux  3 grandes institutions culturelles, sans compter le Mnema et le MAMAC pour qu’on sacque dans  les subsides aux opérateurs alternatifs, petits, différents qui font aussi partie du paysage culturel liégeois.

 

3. La province

La province apporte une goulée d’air sur quelques postes, le plus spectaculaire étant la prise en charge de 700 000 euros dans la dotation de l’IILE.

 

Et les Ecolos, ils auraient fait mieux ?

Les économies budgétaires

En matière de fonctionnement, Ecolo  mettrait un terme  à  des postes budgétaires qui nous semblent dispendieux vu la situation financière de la ville, au premier rang desquelles les caméras qui coutent en investissement et en fonctionnement les yeux de la tête  pour un résultat qui n’est toujours pas avéré.

De la même manière, nous étudierions à la loupe les économies nominales de 5% annoncées chaque année sur les frais de fonctionnement  qui nous semblent suspectes.    Ce qui importe c’est de savoir si les économies en N et N+1 ont réellement portés leurs fruits.  En commission, le directeur financier n’a pas pu apporter la preuve que ces réductions étaient effectives.

Nous irions par ailleurs en termes d’investissement permettant à terme des économies. La ville a commandité, à notre instigation, un bilan carbone.  Un tel plan est une photographie des flux au sein d’un territoire relatif à toutes les énergies : c’est donc une mine d’informations et de pistes sur les postes sur lequel avec un peu d’investissement ou de créativité, on peut faire de réelles économies.  Quant on voit combien on peut économiser sur des postes pour lesquels nous réclamons des critères et des procédures claires depuis des années, un nouveau monde de possibles s’ouvre à nous.  Sortons le plan carbone du tiroir et voyons ce qu’on peut en tirer !

La gestion de la dette

En matière de dette, on dirait que l’on re découvre chaque année qu’il va falloir gérer le passif.    Celui-ci demande une gestion rigoureuse et bien comprise, il faut donc éviter les tours de passe passe.  L’exemple le plus fumeux de l’année 2015 est celui de la   piscine Jonfosse : investissement engagé à l’extraordinaire à hauteur de 8 millions en 2014 qui passe au budget ordinaire à hauteur de 2 000 000.  Du jamais vu en technique budgétaire.  Ou au contraire qui ressemble trop à une nouvelle  forme de déconsolidation de la dette.

Par ailleurs, on peut nous le présenter comme on veut, un étalement de la dette a un coût.  Mon collègue Quentin Lebussy reviendra sur ce point dans le cadre de la discussion  fonction par fonction.

 Les synergies avec le CPAS

En ce qui  concerne le CPAS, les synergies doivent être réellement  interrogées.  Le projet du collège est de rapatrier le CPAS en son sein et de faire des économies sur  l’échevinat de l’action sociale.  Fort bien, mais encore faut-il s’assurer que ce n’est pas au détriment de l’action sociale dans son ensemble.  Des synergies inter CPAS, cela n’aurait- il pas plus de sens pour certains services ? Par exemple les services de soin à domicile. Travailler sur une échelle supra communale avec des communes qui sont dans le continuum urbain serait  probablement une belle manière de faire de la supra communaliste et des économies d’échelle.  Mon collègue Guy Krettels y reviendra en détail  dans le cadre du budget  CPAS.

Les taxes

En ce qui concerne les taxes, un certain  nombre de choix posés par le collège nous agrée.

Par contre, la taxe sur les parkings gratuits des petits commerçants  et la nouvelle mouture de la taxe urbaine nous stupéfient.

En ce qui concerne la taxe urbaine, augmenter le prix du sachet sans mesure d’accompagnement alors que les dépôts clandestins et le bourrage des poubelles publics coutent déjà un pont, c’est de l’hérésie.

Mesdames Blavier et Schlitz reviendront avec vigueur sur ces points.

La chasse au deux poids, deux mesures

Il est troublant de lire que Reflektor  devra payer 3500 euros de loyer par mois pour une salle de concert flambant neuf alors que la ville va payer 2500 euros au Logis social pour pouvoir occuper un local et y gérer l’accueil des demandeurs d’emploi  virés de l’ONEM.

Il est troublant de lire que la fondation CIAC sera dotée de 200 000 euros/ an pour monter des projets d’envergure, là où l’an dernier, le collège se proposait de donner en concession au privé la même mission mais en y consacrant 600 000 euros/an.

Il est troublant de lire que des efforts conséquents sont faits en matière d’économies d’énergie dans les bâtiments communaux mais que dans le même temps, la subvention pour la patinoire est augmentée de 45 000 euros/ an pour faire face à l’augmentation du prix de l’énergie ou que de la même manière la ville va prendre  sur ses deniers propres le coût énergétique des 2 piscines de la ville, sans exiger en échange de contrepartie en termes de gestion ou d’investissements économiseurs d’énergie.

 

Conclusion

On sait désormais que le collège n’est pas un âne, car un âne ne bute pas 2 fois sur la même pierre…

Avec une charge de dette qui explose, des recettes qui diminuent, des frais de fonctionnement compressés au maximum, on ne peut pas dire que le collège garantisse l’avenir de la ville et des ses habitants.  Et les plans de gestion successifs se soldent par un échec :  42 millions de déficit.

L’échevin des finances ne fait pas la démonstration au terme du 3 eme exercice qu’il a les rênes bien en main et qu’il va nous sortir de l’impasse dans laquelle nous fonçons à toute allure. Il nous fait prendre des risques inconsidérés et incontrôlables à très court terme, principalement en ne prenant pas des mesures visant à réduire la charge de dette.  Il reporte sur les prochaines générations et cela est extrêmement dommageable car toutes les difficultés financières des entités belges actuelles reposent sur la même erreur.  Reporter au lendemain les mesures  d’investissement permettant à terme de retrouver des volants budgétaires.

 

Bénédicte Heindrichscheffe de groupe



[1] Qu’ECOLO a dénoncé mais autant pisser dans un violon.

[2] Pour rappel, en 2014, le collège a ponctionné dans l’emprunt ethias.

[3] À l’arrache, en investissement à l’extraordinaire et qui ont pompé la majorité de la marge à l’extraordinaire : ce qui est en soi un signe de mauvaise gestion mais bon, ca a été fait et on en voit les résultats, n’ergotons pas

[4] Ce n’est pas beau ca ? De la transparence, de la rigueur, une saine mise en concurrence : et boum  près d’un million dans les caisses, et personne n’a fait ceinture … l’administration a juste travaillé et appliqué la réglementation dont tout le monde se plaint…

[5] Depuis qu’on a fermé les bains de la Sauvenière pour y faire des expos avec des œuvres que tout le monde  pouvaient voir au BAL depuis des années.

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