Budget CPAS 2014: Oui, Claude, il faut combattre le détricotage de l’action sociale !!

Il y a quelques jours nos conseillers ecolo au Conseil de l’Aide ont voté contre le budget du CPAS. Je ne répéterai pas cette analyse interne, mais développerai en tant que conseiller communal un regard externe, un regard plus politique sur ce budget que nous sommes invités à notre tour à voter aujourd’hui

Nous avons lu l’expression du profond ras-le-bol du Président de notre CPAS dans la presse, notamment dans l’édition de la Meuse du 14 novembre. On y lit beaucoup de mots très forts : «Braquage de l’Etat fédéral en multipliant les exclusions de chômeurs» ; «personnel qui s’épuise psychologiquement et physiquement» , «horizon de plus en plus bouché», «tout ce que nous faisons dans les CPAS se détricote»….jusqu’à «devrai-je me suicider face au 16 rue de la Loi ?»

Quand nous exprimions au cours de ces dernières années des mots pareillement forts, nous nous faisions traiter au mieux d’incantateurs, au pire de démagogues. Pourtant nous partageons entièrement le credo de Claude : « Une société qui laisse tomber ses paumés est une société qui va mal ». Oui, chers collègues, « il faut prendre le problème à bras le corps »,car nous sommes face à une véritable urgence sociale.

Au diagnostic de Claude j’ajouterais simplement que le « braquage » et l’épuisement psychologique et physique qui touche les CPAS et son personnel, touche d’abord et surtout et en plus fort encore les usagers de l’action sociale, ces 20% de Liégeois qui sont en dessous du seuil de pauvreté. A une lecture essentiellement institutionnelle, il convient d’ajouter une lecture primordialement humaine,composée d’autant de souffrances individuelles. Nombre de ces victimes de l’austérité pourraient être tentés par le suicide…pour de vrai, eux ! Non, Claude, inutile pour toi de mourir pour des idées, sinon de mort lente …avec un-e autre président PS à la tête du CPAS ce serait sans doute pire. Ceci dit j’avoue ne pas toujours bien comprendre les décisions et votes de la majorité à laquelle tu es associée, et qui me semblent très peu en accord avec tout ce que tu dénonces.

Ainsi, ton interview apparaît 2 jours après votre vote unanime contre toute démarche visant à récupérer 6,5 millions d’euros abandonnés au Holding Dexia. Ainsi, de même, votre majorité a fait des contorsions durant plusieurs mois dans cette enceinte pour combattre une motion que j’avais introduite en temps utiles contre les sanctions de l’Onem qui renvoie les chômeurs -souvent les plus fragiles- au CPAS. Vos partis de la majorité n’ont pas non plus fait barrage aux mesures fédérales qui enverront en janvier 2015 presque 20.000 chômeurs dans nos CPAS , ni au TSCG dont les effets se feront sentir par cascade jusque dans nos Communes et CPAS.

2 grands mouvements font que le CPAS (particulièrement celui d’une grande Ville) est de plus en plus exsangue : d’abord la relégation par le gouvernement de la pauvreté de la Sécurité sociale vers les CPAS, et secundo le nombre toujours croissant de besoins spécifiques par des personnes qui ne dépendent pas (encore?) du CPAS, mais ne savent occasionnellement plus faire face à des dépenses « extraordinaires » (nouvelles lunettes, facture énergétique, soins médicaux).

La mise en place d’un nombre important d’articles 60, action à laquelle tu tiens beaucoup, c’est certes une bulle d’oxygène pour celles et ceux qui en bénéficient. Mais franchement, ce sous-statut, payé au minimum barémique n’offre généralement aucune perspective durable, si ce n’est d’envoyer du CPAS à l’Onem qui risque de renvoyer à l’expéditeur ! Ce n’est quand même pas une avancée sociale, surtout quand ces sous-statuts empiètent sur des missions qui reviennent traditionnellement à des emplois contractuels de service public, et qu’ils participent dès lors à la précarisation générale de l’emploi !

« Détricotage » dis-tu, Claude :

Oui, vous avez décidé dans votre Plan de gestion de limiter l’augmentation de la dotation de la Ville à 1,5 % (2% pour la Police), contribuant ainsi déjà depuis plusieurs années à l’affaiblissement de la force de frappe du CPAS. Et cette année-ci vous osez bloquer le montant sans la moindre indexation, identique au budget 2013 !! Ce pauvre 1,5% d’augmentation qu’on vous refuse représente pas loin de 400 000 euros ! Une goutte peut-être dans un budget de 134 millions d’euros, mais l’action sociale communautaire, préventive se construit grâce à ces montants marginaux qui restent après avoir payé le personnel, les prestations légales (RIS) et les frais de fonctionnement incompressibles

Oui, le Plan communal de Lutte contre la Pauvreté pour lequel tu étais à la manoeuvre avec B.Drèze, a disparu avec l’installation du nouveau Collège ! Pourtant, quelle mobilisation des différents acteurs publics et associatifs durant un an, mobilisation et rapport que le nouveau Collège a jetés avec dédain et sans jamais daigner s’en expliquer devant le Conseil. Pourtant ce Plan, bien qu’insuffisant à nos yeux, contenait quelques propositions intéressantes qui auraient pu apaiser un peu ton découragement ! Disparue également la Commission consultative de l’associatif social. Qu’en est-il désormais des synergies, essentielles à nos yeux, dans la politique et l’action sociale (objectifs, priorités,…) entre le CPAS et l’Echevinat des Affaires sociales et l’associatif social ??

Oui, vous nous avez promis des augmentations budgétaires (10%) pour les Ecoles de Devoirs, outils essentiels dans lutte contre la reproduction sociale de l’exclusion…encore une promesse non tenue !

La promesse de faire un geste pour soulager le portefeuille des Liégeois, notamment via la taxe urbaine, n’a elle pas non plus été tenue.

Et oui, depuis des mois et des mois le Bourgmestre nous invite à des rencontres fort intéressantes le samedi matin à l’Hôtel de police pour discuter sur la toxicomanie, un plan pour sortir des SDF de la rue et de la mendicité, de la prostitution (cantonnée au trottoir et à la clandestinité sordide),….et chaque fois des promesses de débat au CC….sans jamais de suite! Le projet Tadam est enterré, rayé du budget Ville, alors que sur tous ces dossiers nous attendons le débat reporté sans cesse. Comme toi nous en avons parfois ras le bol, mais nous sommes et restons persévérants et rappellerons les promesses faites autant de fois qu’il le faut.

Et puis l’hiver qui frappe à la porte, avec toujours trop de personnes dans la rue pour trouver tous une place dans les lieux d’accueil prévus. Alors faute de lits en nombre suffisant, on organise des tournantes : quelques nuits au chaud, et puis ‘buiten’, retour à la rue pour laisser de la place aux autres. Et vous nous dites depuis des années qu’ouvrir plus de lits ce serait un appel d’air, et que c’est aux Communes voisines qu’il faut exiger d’ouvrir des abris de nuit…sauf que rien ne s’y passe et que les paumés dorment toujours dehors et meurent en nombre. Pour rappel, hommage a été rendu en mai 2013 à 27 personnes SDF qui avaient l’habitude de fréquenter les services d’accueil de jour. Même si Mme l’Echevine de l’Etat civil m’a répondu que le nombre de morts « à la rue » est très rare, ce qui implique qu’il y en a. Le nombre annuel de décès nous donne une idée du nombre de SDF dans nos rues (en misant sur une espérance de vie pessimiste de 60 ans, cela donne une estimation de quelques 1600 personnes sans domicile à Liège) .

Encore une promesse non tenue de prise en charge par la Conférence des Bourgmestres, tout comme le terrain d’accueil pour les gens de voyage, promis il y a 6 ans déjà. Oui, il y a de quoi en avoir ras le bol, Claude.

En Commission Budget, l’Echevin des Finances Mr Firket nous a expliqué au détour d’une phrase que le service au citoyen ne sera pas affecté par le statut quo sur votre dotation, puisque Ville et CPAS avancent dans la recherche de synergies. Nous refusons comme toi dans ton interview de considérer ces synergies comme la solution miracle. Ça fait d’ailleurs déjà des années que nous dénonçons l’insuffisance de ce discours !. Par ailleurs, nous regrettons l’absence du Conseil commun Ville-CPAS prévu par la Loi à l’occasion de ce débat budgétaire.

En conclusion, nous appelons à un sérieux sursaut social, notamment dans l’aide à notre CPAS. Quand la barque du CPAS prend l’eau, les plus fragilisés souffrent encore davantage et les associations sociales avec leurs pauvres moyens et leurs emplois sous payés écopent et deviennent leur dernier filet (troué) de secours. Nous ne pouvons malheureusement que voter contre le budget qui nous est présenté.

Guy Krettels,

Conseiller Communal

Site de la locale ECOLE de Liège. Follow us Facebook Twiter RSS