CPAS – Le travailleur et le bénéficiaire au centre

L’année passée, j’évoquais le « syndrome du Titanic ». Le CPAS est à Liège un gros paquebot, une institution importante qui aide au quotidien plus d’une dizaine de milliers de Liégeois et de Liégeoises. Les travailleurs remettent du charbon, mais ne peuvent empêcher les obstacles du monde extérieur (pauvreté croissante, chômage structurel, problèmes de santé, augmentation du coût de l’énergie). Le constat ne sera pas meilleur aujourd’hui, et le budget du CPAS et la note de politique générale sont insuffisants pour faire face aux enjeux actuels.

Je commence cette intervention choquée : vous nous tapez sur les doigts parce que nous soutenons les constats envoyés par des usagers du CPAS. C’est notre liberté politique totale de signer. En outre, je suis proprement scandalisée par votre sous-entendu : « des conseillers auraient signé alors qu’ils ne posent pas une question sur ces sujets ».

Les Conseillers à l’Action Sociale ECOLO ont réclamé à plusieurs reprises des discussions autour de problématiques comme l’absentéisme, le statut étudiant et surtout le suivi du parcours étudiant. Ils l’ont obtenu après des mois : grâce à eux, l’absentéisme est mis à l’ordre du jour du conseil d’octobre 2017, le statut étudiant à celui de novembre. A ces deux thématiques, seront « consacrées » 30 minutes avant conseil.C’est par ailleurs un de nos conseillers à l’action sociale qui préside la Commission Locale de l’Energie, y consacre chaque lundi pendant la période hivernale. Vous savez le travail des élus ECOLO constructif et propositionnel, et je ne peux pas tolérer un tel manqué de respect pour leur travail.

Venons-en au budget 2018 du CPAS et à la note de politique générale.

 

Une demande de RIS qui croît

 

Actuellement, plus de 11 000 RIS (pour 133 millions d’euros) sont octroyés au CPAS de Liège. Durant cette législature, c’est 2000 personnes en plus qui reçoivent le RIS (et on pourrait comptabiliser ceux qui en ont fait la demande sans l’obtenir). C’est + 23 % en 7 ans 2010-2017.

Le nombre de personnes sans domicile fixe bénéficiant d’un RIS « de rue » a plus que doublé en 7 ans : il est passé de 147 en juillet 2010 à 325 en juillet 2017. 754 personnes ont fréquenté les abris de nuit en 2016.

Un phénomène attire également notre attention : la multiplication des tentes, plus ou moins cachées. Quand je rentre chez moi, j’en croise près du palais provincial, dans les boisements entre Naimette la rue de Hesbaye…

Mr Firket nous redira demain qu’il n’y a pas un appauvrissement de la population. Vos chiffres prouvent au contraire qu’ils y a des disparités qui se creusent au sein de la population.

 

Cette augmentation s’en ressent sur les finances du CPAS. La charge pour le CPAS a augmenté fortement entre 2015 et 2016. L’augmentation de la dotation communale de 1,25% fait pâle figure à côté de ces chiffres. Le MR vient de s’autocongratuler concernant les augmentations des RIS : outre la toute petite marge d’augmentation (+ 15 euros pour les cohabitants, + 50 euros pour les chefs de ménages), ils restent largement en dessous du seuil de pauvreté.

Problèmes énergétiques

 

On remarque encore que les nouvelles pauvretés, révélées par l’augmentation du nombre de demande d’aides énergétiques, n’obtient qu’une réponse très partielle.

Elles touchent des personnes avec des revenus moyens, des petites pensions, qui parfois ne connaissent pas les compléments énergie ou pension, voire n’osent pas les demander.

 

Les demande initiales d’aides pour le paiement de factures énergétiques augmentent (demande du gestionnaire de réseau). Cependant, un problème est à souligner : quand les personnes concernées doivent rencontrer les AS, ils envoient le formulaire écrit mais il arrive fréquemment une absence aux rencontres préparatoires et à la commission locale de l’énergie. Cela vaudrait la peine d’être analysé : quelles sont les raisons ? Le CPAS peut-il y remédier ?

 

Bien souvent, les personnes confrontées à la précarité énergétique pourraient être soulagées par un travail de relogement, pour diminuer leurs dépenses énergétiques, leurs loyers ou pour changer de lodgement quand il est insalubre. Ce travail préventif n’est pas encore possible à cause de la surcharge des travailleurs sociaux. Le travailleur ne dispose pas du temps pour accompagner dans la durée le montage d’un dossier logement qui permettrait de proposer avec l’intéressé la solution perenne. 

Les familles sont ainsi obligées de survivre, faute de moyens pour constituer une nouvelle caution locative pour un logement mieux adapté à sa composition ou à sa consommation énergétique.

L’amplification du travail de la cellule  » éco-logement » devrait se traduire rapidement en plus de moyens et de forces de travail pour répondre aux défis du relogement des nombreux demandeurs.

Comme vous l’a dit André Verjans lors du Conseil de l’Action sociale consacré à la note de politique générale, le mal-logement est le résultat d’une dualité trop évidente dans notre centre-ville et dont les victimes sont aussi les familles monoparentales déjà malmenées. Nous n’en voyons qu’une petite partie car de nombreux ainés cachent aussi cette réalité dans le froid de greniers mal adaptés.

 

Augmentation du personnel

Le CPAS annonce 25 travailleurs APE  (16 AS et 9 éducateurs spécialisés). Ces engagements ne vont pas baisser la pression des travailleurs, au contraire de ce que vous mentionnez dans votre document : ils sont liés à de nouvelles politiques sociales qui demandent un travail supplémentaire. Ca n’augmente pas la qualité, même si ça réduit la surcharge : les délais sont trop longs actuellement, le nombre de dossiers est conséquent par travailleur. On a besoin de plus de 25 travailleurs pour améliorer les conditions de travail.

Le fédéral dit, par ces emplois, ne pas nous laisser seuls face à cette nouvelle mesure mais elle est grandement insuffisante.

Mais ce dont manque le CPAS c’est d’agents pour faire un travail social de base. Et le travail social de base, Madame Mohammed, les travailleurs sociaux savent ce dont il s’agit. L’insertion sociale, ils connaissent aussi. Ca n’est pas apparu l’année passée avec le PIIS. Quand ils vous parlent de contrainte administrative, il faut les écouter.

90 dossiers en moyenne par travailleur : les conditions de travail sont insuffisantes alors que les contextes évoluent et que les métiers changent. La surcharge empêche la prévention et la transversalité, au détriment des usagers. Elle pousse les travailleurs dans leurs retranchements. La majorité répond à nos Conseillers de l’Action Sociale lorsqu’ils demandent des infos sur l’épuisement des travailleurs, que « c’est la même chose ailleurs ». Voilà une réponse faible…

Comment aider les travailleurs, eux aussi, à travailler dans cette aide contrainte (aide et contrôle) perpétuelle qui pourrait en embrouiller plus d’un… En les libérant d’un contrôle en tâche prioritaire, on pourrait peut-être imaginer une autre disponibilité pour un accompagnement social plus global.

Les pratiques sociales, dans ce contexte d’aide contrainte, mériteraient une réflexion guidée par un soutien théorique, l’invention de pratiques sociales nouvelles, testées dans d’autres lieux et font leurs preuves.

Il faudra le courage du changement pour aller vers du travail en réseau et la création de nouveaux métiers comme celle de médiateurs de réseaux. En effet, nous avons la chance d’avoir des compétences de travailleurs de multiples associations et institutions qui entourent le travail social. Il suffirait de créer un amplificateur de ces compétences en mettant le lien et la personne concernée au centre du jeu et viser la globalité.

La Ville dit aider en « prêtant » du personnel. Au moment de la cellule Tempor, on a promis 22 agents. Il n’y en a jamais eu 22. Hormis la première année, les charges patronales sont à charge du CPAS ; c’est en réalité un transfert qui soulage la ville. Les transferts ville-CPAS : quelle vue claire avons-nous ? On nous dit que ces agents suppléentaires seront maintenus calculés « au cas par cas ». Voilà qui est flou ! Nous avons besoin d’un inventaire complet.

 

Des aides à améliorer

 

Le logement de transit est saturé. Nous avons besoin de logement d’urgence, notamment en bas seuil. Le CPAS a besoin de renforcer la dynamique logement en forces de travail et en budget. Une nouvelle précarité doit se traduire dans de nouvelles mesures.

Aides logement : le CPAS de Liège a choisi d’aider à la constitution de la garantie locative équivalent au premier mois de logement choix du CPAS de Liège. Mais c’est inefficace, puisque deux mois de caution sont demandés par les propriétaires. Les personnes qui veulent changer et n’ont pas les moyens se trouvent coincés dans des logements chers ou insalubres – situation abracabrantesque. Par ailleurs, les deux mois de caution peuvent aussi aider certaines personnes qui tombent à la rue.

 

Les Délais d’attente. Voilà des questions urgentes à régler pour le guide pratique de l’usager du CPAS : Quel temps d’attente avant d’avoir un rendez-vous quand on est dans l’urgence sociale ? Quel délai pour avoir une réponse ? Le CPAS dans est dans l’illégalité par des durées entre la demande et la concrétisation de l’aide qui peuvet grimper jusqu’à 2 mois.

 

 

Venons-en au projet de Guichet unique. L’accueil, c’est le premier visage d’une institution sociale. Des questions restent en suspens :

- quelle place pour le travail social dans ce guichet unique ? L’accueil est un moment crucial en travail social : le lien se crée, écoute de la demande, la réception du témoignage de personnes précarisées, potentiellement en détresse. L’accueil est déjà un lieu où on fait du care, du prendre soin

- Quel impact de la centralisation au détriment de la proximité ? Pensons aux personnes précarisées qui doivent se déplacer jusqu’au centre ville ; familles monoparentales qui doivent se déplacer avec les enfants, les poussettes.

 

Du travail social et du travail administratif ne s’échangent pas, ne s’intervertissent pas sans conséquences.

Une journée d’études qui rassemblaient la fédé des maisons médicales, des Fédérations des maisons d’accueil, des Fedito, Fédération des services sociaux le 6 octobre 2017 a abordé l’importance de la qualité de l’accueil en social santé. Voilà le genre d’endroits où le CPAS pourrait aller chercher des bonnes pratiques.

 

Individualisation des droits sociaux

Extrait de la note de politique générale : “On comprendra aussi que, au vu de la différence entre les taux alloués, l’assistant social en charge du dossier mettra toute sa déontologie professionnelle dans la détermination du juste taux dans chaque situation individuelle.” Entendez par là qu’il ne faudrait pas donner un taux isolé à un cohabitant. Du temps consacré au contrôle or, selon l’étude commanditée par Maggie de Block sous la précédente legislature, parmi l’ensemble des allocataires sociaux belges, 4% seulement fraudent. 4% de fraudeurs et 96% des allocataires contrôlés comme s’ils étaient potentiellement coupables. Beaucoup de temps de travail consacré à chasser les 4%.

Vous n’avez pas les pouvoirs politiques sur le changement de lois fédérales, mais, vous qui êtes pour l’individualisation des droits sociaux, vous pouvez déjà agir : en cas de cohabitation avec un enfant ou un parent, la prise en compte des revenus de celui-ci est facultative si le CPAS motive sa decision. À quand la mise en oeuvre ?

Une analyse courte

Autre extrait de la note politique générale : “On pourrait (…) dégager certains paramètres tels que le nombre d’enfants concernés dans les ménages, le nombre de femmes chefs de ménage, …

Cela n’aurait sans doute pas un impact direct sur notre travail social mais apporterait un éclairage sur la sociologie des personnes aidées.”

Qui sont les personnes aidées ? Un monitoring en sexe, en âge, en type de cellule familiale pourrait aider à connaître des besoins et établir des priorités, à renforcer des équipes en fonction des problématiques qu’elles mettent en lumière.

En conclusion

Le CPAS apparaît essouflé face à une précarité grandissante et en évolution. Les profils des usagers sont très variés : ménage qui a du mal à joindre les deux bouts malgré leurs salaires, une perte d’emploi, famille monoparentale, jeunes lirés à eux-mêmes, personnes avec des états de santé psychique et physique

Les défis sont nombreux, les réponses à y apporter ne sont pas simples.

Le carcan budgétaire plombe vraisemblablement le CPAS. Nous pensons qu’un regard ouvert sur l’extérieur, sur les pratiques innovantes appliquées ailleurs est nécessaire. hors piste politique et d’aller chercher de l’aide du côté des penseurs, des sociologues, des philosophes. Toutes les solutions ne coûtent pas forcément un bras, mais demandent de l’ambition et de l’innovation.

Et enfin : Liège sera-t-elle toujours bien zone « hors service communautaire » en 2018 ?!
Caroline Saal

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