Contrat Pub dans l’espace public

Monsieur le Bourgmestre,

 

Nous voterons contre ce point, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, je regrette l’absence de débat, d’échange et de réflexion sur ce sujet de société fondamental qu’est la place de la publicité dans l’espace public. Ce point est traité comme une simple variable d’ajustement budgétaire sans que ses conséquences ne soient prises en considération. Rappelons quand même qu’il s’agit d’accorder pour 15 ans, soit jusqu’en 2032, un quasi-monopole de l’expression visuelle dans l’espace public à l’une ou l’autre multinationale pour qu’elle diffuse à sa guise les messages publicitaires des annonceurs commerciaux.

Précisons tout de suite qu’on n’a jamais vu sur ce genre de panneau une pub pour le jambon de chez André, la bière Curtius, les marchands de la batte, les boulets de chez Lequet ou les Durum de chez Murad. Ce genre de publicité ne soutient pas le commerce local liégeois mais au contraire: il lui fait concurrence.

Par ailleurs, n’est-ce pas paradoxal de dépenser des milliers d’euros pour embellir la ville, la rendre plus attractive pour les touristes et adapter nos trottoirs aux PMR et, dans le même temps, d’accepter d’être payés pour l’enlaidissement de nos rues et l’encombrement de nos trottoirs ?

Alors, on entend souvent que la publicité est une bonne affaire pour les Villes, qu’elle leur procure de l’argent facile et du mobilier gratuit. Mais est-ce vraiment gratuit ? Je vous invite à consulter le site internet de JC Decaux Belgique et de Clear Channel Belgium. A l’approche de la Saint-Nicolas, Clear Channel rappelait aux annonceurs qu’il dispose d’un réseau de 400 panneaux situés à proximité des écoles. On sait combien le cerveau en développement des enfants et adolescents les rend vulnérables à la publicité que ce soit pour de la malbouffe ou pour des gadgets parfois bien au-dessus des moyens de leurs parents.

Outre l’impact écologique de cette incitation à la consommation, l’objectification du corps de la femme véhiculée dans de nombreuses publicités contribue à rendre l’espace public hostile aux filles et aux femmes.

Mais encore, comme le dit JC Decaux.be, « ce qui fait la force de la publicité sur le mobilier urbain, c’est qu’on ne peut pas changer de chaine, tourner la page, ni appuyer sur un bouton pour la fermer ». Ils s’en vantent eux mêmes : la pub s’impose aux citoyens, qu’ils le veuillent ou non, à travers une communication à sens unique. Au vu de l’ensemble de ces considérations, et encore d’autres que je vous ai épargnées, le contrat publicitaire ne doit pas être renouvelé.

 

Mais dans l’hypothèse où le collège persisterait dans cette voie, je me permets d’émettre des réticences quant au contenu du cahier des charges proposé.

Dans la mesure ou toutes les compensations matérielles demandées dans le cahier des charges font baisser le montant de la compensation financière, il incombe de se demander pour chacune des compensations si une entreprise publicitaire est la mieux placée pour effectuer ces ouvrages, que ce soit du point de vue des coûts ou de la qualité.

Précisément en ce qui concerne l’affichage dynamique des parkings. Parmi les conditions d’accès au marché, on demande aux soumissionnaires de démontrer leur expérience dans le placement de sucettes et abris-bus mais rien n’est demandé pour l’affichage dynamique. Il y a lieu de s’inquiéter quand on voit que le système d’affichage du temps d’attente des bus aux arrêts demandé à Decaux dans le contrat de 2001 ne fonctionne plus depuis des années ! On se demande déjà bien pourquoi la ville devrait prendre en charge cet outil en lieu et place des tenanciers de parking qui ne sont pourtant pas connus pour être dans le besoin !

Mais si la ville s’entête, alors pourquoi au moins ne pas procéder à des marchés distincts? Ce qui permettrait à de plus petites entreprises, locales si possible, d’accéder aux marchés?

Par ailleurs, on est en train de boucler un budget en comptant sur une avance liée à un contrat qui n’est pas encore signé, ce qui n’est pas anodin vu le contexte litigieux des marchés de concession publicitaire. Signalons quand même que l’avenant qui prolonge d’un an le contrat Decaux est actuellement attaqué au conseil d’Etat par Clear Channel…

Dans le même ordre d’idée, le fait d’exiger que la majorité des compensations financières soient payées dès 2017 et dans les 4 années qui suivent n’est quand même pas un exemple de politique durable quand on s’engage pour 15 ans.

En tout cas, ce qui est bien, c’est que nos enfants, lorsqu’ils se cogneront sur un vieux panneau en 2032, pourront être fiers que nous soyons parvenus à boucler notre budget 2017 sans devoir renoncer à la tradition sacrée du parking gratuit pendant les fêtes ! Au-delà de l’absence totale de réflexion sur la place de la publicité commerciale dans l’espace public, nous déplorons cette stratégie juridiquement hasardeuse et politiquement court-termiste. « Après nous les mouches ! » semble être la ligne politique de la majorité.

 

Sarah Schlitz, conseillère  communale

 
   

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